L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____Nicolas Sarkozy a reçu hier les représentants de la filière automobile à l’Elysée. Est-ce une priorité nationale après les banques ? En tous cas, l’importance attachée à cette filière de l’économie est frappante. Un déplacement présidentiel à Renault-Sandouville, une prime à la casse, une réunion à l’Elysée : peu de secteurs ont eu droit à autant d’attentions. Et de nouveaux financements sont promis pour bientôt. Tout ça est bien sûr dû au nombre d’emplois en jeu chez les constructeurs et leurs sous-traitants, un sur dix dans l’industrie, et à la dégradation de l’activité. Un chiffre : les ventes ont reculé de 14% en un an en France. La situation a l’air plus favorable qu’en Espagne, - 50%, qu’en Grande-Bretagne, - 37% ou qu’en Italie, - 30%, mais c’est une impression parce que Renault et PSA exportent dans ces pays. La crise n’explique pas tout, mais elle explique beaucoup. Comme l’immobilier, la voiture est le premier investissement auquel on renonce quand ça va mal. Vous avez une voiture de six ans, vous voulez la changer, vous attendez une année de plus. Et naturellement, le crédit est plus difficile à obtenir et plus cher. De leur côté, les constructeurs et leurs-traitants n’arrivent plus à trouver de l’argent, l’automobile est jugée secteur à risques. Il y a deux semaines, ils ne pouvaient pas emprunter à trois mois, seulement à 15 jours ou trois semaines ! Se rajoute une crise structurelle bien connue. Les consommateurs préfèrent des voitures low cost, polluant peu ou consommant peu de carburant. Le plan du gouvernement peut-il vraiment aider la filière ? Ce qui l’aide, ce sont les ventes ! Mais c’est vrai, le temps presse. L’Etat a déjà mis en place des dispositifs exceptionnels qui pourraient rendre d’autres secteurs jaloux. Il y a la prime à la casse. Mais aussi la possibilité pour les filiales de Renault et PSA qui font du crédit de se financer à hauteur d’un milliard d’euros au même guichet que les banques, à un taux privilégié. Carlos Ghosn, le patron de Renault, lui, veut plus : que l’Etat se substitue aux banquiers et prête directement aux entreprises elles-mêmes de l’argent pour les investissements. Nicolas Sarkozy est d’accord. Mais il faut un accord au niveau européen. Nicolas Sarkozy veut aussi des contreparties. C’est ça qui est nouveau dans les annonces d’hier. Pas d’aide pour ceux qui délocalisent, qui ferment des usines en France ou qui poussent leurs sous-traitants à délocaliser. En clair, pas question de déménager la fabrication des Peugeot 207 en Slovaquie et des Clio en Turquie. Renault a topé et s’engage à ne pas fermer les usines de Sandouville et de Flins – un effort en fait déjà décidé. En revanche, PSA reste silencieux, parce que l’usine d’Aulnay, au Nord de Paris, est menacée. L’Etat pose ses conditions, cela dit, il est moins bien placé que les entreprises pour savoir comment rester dans les 10 premiers mondiaux. Dernier point : des voix laissent entendre que l’automobile est morte en France. Mais les mêmes ne voulaient pas se battre contre les constructeurs japonais en 1970. Il n’y a pas de fatalité pour les industries. Deux noms : Zara et Ikéa. Dans l’habillement et le meuble, deux métiers où l’Europe n’avait plus aucune chance, elle a prouvé qu’elle existe encore. Mais il faut innover et vite. Hier, un constructeur chinois a lancé une voiture hybride électricité-essence rechargeable sur une prise à la maison. Son nom, F3DM, est mystérieux et elle est chère, 16.000 euros, mais c’est une première. Donc, on attend des innovations !

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