**Le conseil des ministres entérinera ce matin la hausse du Smic au 1er janvier. Oui, et cette hausse mérite que l’on s’y arrête parce qu’elle met en évidence des vraies évolutions en cours autour du Smic. La première est tout simplement la date de la revalorisation. Depuis toujours, la hausse du salaire minimum avait lieu le 1er juillet. Cela sera désormais en janvier. Le but est de permettre aux branches professionnelles de négocier les salaires en connaissance de cause. Quelle que soit la date, cette augmentation du Smic intéressera toujours autant. Elle concerne directement 2,6 millions de salariés dans les entreprises, les associations et les administrations. Le profil de ces salariés est archi connu : ils sont souvent à temps partiel dans le commerce et les services et travaillent dans des PME. Sur un éventuel coup de pouce, y a-t-il une évolution ?Comme depuis 2007, le gouvernement a décidé de ne pas donner de coup de pouce au-delà de la revalorisation automatique de 0,5%. Pour un salarié à plein temps, le Smic passera donc à 1.344 euros (brut) par mois, soit 6 euros en plus. Les syndicats ont dénoncé hier ce quasi-gel. Le gouvernement, lui, le justifie en disant que l’inflation est très basse, qu’il y a eu une hausse du Smic de 1,3% en juillet et en expliquant que la crise et un coût du travail trop élevé font peser des risques énormes sur l’emploi. Toute la difficulté sur ce sujet est que l’on a en tête la santé parfois mirobolante des grands groupes qui n’ont pas de smicards alors que celle des TPE – très petites entreprises – est infiniment plus fragile. Hausse au 1er janvier, pas de coup de pouce, pas de grosses nouveautés donc !Vous avez raison. La vraie nouveauté, la voici : de même que les allégements de cotisations patronales aident considérablement les entreprises, un certain nombre de dispositifs nouveaux augmentent sensiblement, désormais, le revenu net des salariés très peu payés. Avec deux enfants, un couple où seul l’un des deux travaille et seulement au Smic perçoit 1.044 euros en revenu salarial. Mais avec le Revenu de solidarité active (RSA), la prime pour l’emploi (PPE) et quelques allocations familiales banales, le revenu global du foyer passe depuis cette année à 1.820 euros, soit 250 de plus qu’en 2008. Le résultat, c’est qu’un salarié « ordinaire » peut avoir près de la moitié de son revenu en prestations. Pour un mi-temps, pour une personne seule, les hausses sont aussi sensibles. Vous voulez dire qu’il y a trop de prestations sociales ?Absolument pas, çà, c’est un débat politique. Le propos, c’est plus une réflexion, est seulement de constater la taille des branchements, avec des milliards d’euros, qui maintiennent sous perfusion le travail peu qualifié. On subventionne les entreprises pour que ce travail ne continue pas de s’enfuir ou d’être mécanisé ; On subventionne les salariés parce que le revenu du travail ne suffit pas pour vivre. Cela veut dire que le travail n’a plus de prix, au sens propre. C’est malsain. Jusqu’où peut-on aller dans cette direction ? Nul ne le sait mais c’est sûrement un des débats cachés de l’après-crise.**

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.