L’Organisation internationale du Travail (l’OIT) a publié hier une enquête inédite et très fouillée sur l’évolution des salaires dans le monde –dans 115 pays exactement !

C’est un travail passionnant parce qu’il résume bien l’évolution du monde à partir d’éléments plus concrets, les salaires, que les indicateurs un peu froids sur la croissance, la productivité ou les niveaux de vie. Sa conclusion : s’il faut le résumer, tient en deux formules : le grand rattrapage d’un côté ; le grand surplace de l’autre.

Grand surplace des salaires dans les pays développés pris dans leur ensemble –chez nous. Grand rattrapage des salaires dans une bonne partie des pays émergents. C’est d’abord vrai pendant la crise. Pendant les deux années les plus noires, 2008 et 2009, les salaires, dans les pays riches, n’ont globalement pas reculé, mais ils n’ont pas avancé d’un pouce non plus. En revanche, dans le reste du monde, ils ont continué de trotter ou même de galoper.

Le record est battu par l’Asie, avec environ 7% de hausse des revenus chacune des deux années. Précision importante : il s’agit des salaires réels, hausse des prix déduite. On parle donc de pouvoir d’achat. Et la tendance est la même sur une plus longue période.

C’est assez spectaculaire. Depuis dix ans, les salaires réels moyens ont augmenté de 25% au niveau mondial. Ils ont doublé en Asie (pour la Chine, on parle des villes), triplé dans certains pays d’Europe orientale et d’Asie centrale, mais n’ont grimpé que d’un tout petit 5% dans les pays avancés. Naturellement, ce sont des moyennes : sur la décennie, les salaires ont stagné en Allemagne, mais ont progressé en France, les deux pays choisissant des politiques économiques orthogonales. Mais le constat reste celui-là : la pente est au rattrapage, les écarts entre les deux mondes se réduisent. Le salaire d’un bon ingénieur de Shanghaï ou de Bangalore n’est plus loin d’un moyen de Paris.

Ces éléments suscitent des questions : quel lien entre notre surplace et leur avancée ? Et y a-t-il dans tout cela des bonnes nouvelles ?

Sur le premier point, l’idée dominante a longtemps été que les pays émergents allaient nous rattraper sans nous ralentir. Puis qu’ils nous rattrapaient et que cela nous ralentissions. Désormais, beaucoup de monde est persuadé que nous ralentissons parce qu’ils nous rattrapent. Très discutée, la causalité existe pour certaines productions (les tee-shirts, les puces électroniques). Mais cela n’explique pas tout. Le tassement de nos salaires vient-il alors de nos trop faibles gains de productivité, ou du privilège donné au capital par rapport au travail ? C’est débattu à l’infini.

Pour autant, cette hausse des salaires dans les pays émergents, est-ce une bonne nouvelle ? A priori oui, le monde s’est réjoui des grèves en Chine dans les usines Foxconn, le géant taïwanais de l’électronique (où le salaire d’un ouvrier tourne autour de 300 dollars). Avec des salaires qui montent, il faudra payer nos tee-shirts et nos téléviseurs plus chers. Et délocaliser sera moins rentable Cela étant, sans doucher les espoirs, beaucoup d’industriels ont déjà repéré le Cambodge ou l’Indonésie comme moins chers que la Chine.

Conclusion ?

Que le grand surplace et le grand rattrapage peuvent être corrigés à la marge mais qu’il s’agit de tendances très lourdes. Bref, que la terre s’aplatit. Et le pire est qu’il faut aussi s’en réjouir : pour eux.

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