Le patronat et les syndicats ont conclu samedi à 3 heures du matin un accord sur la formation professionnelle, immédiatement salué comme historique. Selon vous, c’est un bon accord ? Ecoutez, nous sommes tellement dans une société conflictuelle, d'oppositions, de conflits que nous sommes stupéfaits et applaudissons dès que les partenaires sociaux ne se tapent pas dessus et trouvent un compromis - surtout si c'est au bout de la nuit et qu'il y a de la fatigue et de la transpiration dans l'air. Et c'est encore plus vrai sur le sujet de la formation professionnelle, qui tombe généralement des mains tant il est complexe : on a envie de dire bravo sans regarder de près. Si je vous dis CIF, Opca, Opta, CPF, Agefos et dix autres sigles encore ... cela fait peur ! Une fois cela dit, comment regarder cet accord-là ? Il va plus loin qu'un simple ravalement d’une façade en mauvais état ; mais ce n'est pas non plus la table rase. En fait, c'est un pari que les entreprises et les syndicats arrêteront de déconner (j'assume le mot) sur ce sujet clé pour l'emploi de la formation. Cela peut marcher, ce n'est pas sûr.Le point essentiel, c'est que chaque salarié portera pendant toute sa vie professionnelle un crédit formation, comme un petit capital... C'est le Compte personnel de formation, un compte personnel qui remplacera le Droit individuel à la formation. Concrètement, à partir de 16 ans, chacun va se constituer un capital en heures de formation qu'il pourra utiliser quand il le veut. La nouveauté est que ce capital, on le gardera en changeant d'entreprise mais aussi si on passe par la case Pôle Emploi. Ce sera plus simple. Mais il y a du chemin à faire, beaucoup. Si tout va bien, la liste des formations possibles et financées sera aussi rétrécie. Là aussi, on verra.Les entreprises paieront moins de cotisations, c'est ce qu'elles voulaient ? Sur le papier, oui. La cotisation, à partir de 50 salariés, passera de 1,6 à 1% de la masse salariale. C'est d'ailleurs ce qui déclenche la colère de la CGPME, parce qu'il y aura moins de solidarité vers, dit-elle, les petites entreprises. Au passage, il est assez incroyable que ce patronat exige un impôt obligatoire. C'est peut être là qu'il y avait aussi le plus de fuites...La réforme devait aussi permettre de faire des économies. Est-ce le cas ? Non. On a amusé pendant des mois l'opinion avec le chiffre de 32 milliards de dépenses pour la formation ; en fait, l'accord de samedi ne concerne qu'une enveloppe de l'ordre de 13 milliards d'euros. En revanche, il y aura moins d'organismes dits collecteurs et c'est bien, le nombre passera de 120 à 40. Il y aura peut-être moins d'argent qui s'égare dans telle ou telle caisse...Au total, qui sort gagnant et perdant ? Pierre Gattaz (du Medef) dont c'est le premier accord ; Laurent Berger (de la CFDT), qui confirme son rôle central ; Michel Sapin, qui a poussé à la roue ; les perdants, ce sont la CGPME (on l'a dit) et la CGT qui avait signé les deux précédents textes sur la formation.

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> Accord à l'usure sur la formation professionnelle

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