Barack Obama devrait signer demain son plan de relance adopté par le Congrès vendredi dernier. Est-ce une bonne nouvelle pour l'économie des Etats-Unis ? La bonne nouvelle, c'est qu'il y a un capitaine et qu'il est prompt à la manœuvre. Entre un dîner de Saint-Valentin en amoureux dans un restaurant branché de Chicago et la réception de Stevie Wonder à la Maison Blanche, le nouveau président des Etats-Unis va promulguer le plus grand plan de relance jamais vu dans l'histoire, à près de 800 milliards de dollars. Et ce plan, il l'aura fait passer en exactement vingt-huit jours. Pour vous donner un point de comparaison, 28 jours après l'entrée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, la France était entre les deux tours des élections législatives et donc bien incapable d'adopter le moindre plan. L'Amérique a donc enfin son grand plan de relance, cinq fois plus important que le plan Bush lancé il y a un an. Mais à vrai dire, personne ne peut dire sérieusement si ce cocktail d'un tiers de baisse d'impôts et deux tiers de dépenses publiques permettra de sortir enfin l'économie de l'ornière. Pourquoi ce doute sur l'efficacité du plan Obama? C'est que le monde a complètement changé: aujourd'hui: il ne suffit pas de donner de l'argent aux Américains pour qu'ils le dépensent illico, et deux fois plutôt qu'une. Ils craignent de perdre leur emploi - il y a un chômeur de plus toutes les cinq secondes aux Etats-Unis. Leur patrimoine d'actions et de logement a perdu 20% de sa valeur en un an et ils veulent donc reconstituer un coussin d'épargne. Enfin, le système financier est toujours cassé. Le projet présenté la semaine dernière pour sauver les banques n'a pas convaincu grand-monde. Or il faudra là aussi convaincre le Congrès, qui a déjà beaucoup mégoté pour faire passer le plan de relance. Le vote a été tellement juste qu'il a fallu attendre le retour d'un sénateur qui était parti enterrer sa mère. Les sénateurs démocrates ont même forcé la main au président pour taper encore plus fort sur la tête des PDG. Exactement. Il était question de plafonner à 500.000 dollars le salaire d'un PDG dont l'entreprise toucherait à l'avenir des fonds publics. Les sénateurs ont décidé de s'attaquer aussi aux entreprises qui ont déjà touché de l'argent public, comme les banques ou les constructeurs automobiles. Les dirigeants verront leurs bonus limités au tiers de leur salaire, et ils n'auront pas le droit d'y toucher tant que l'Etat n'aura pas été remboursé. A priori, cela paraît moral que les PDG des entreprises aidés par l'Etat attendent pour toucher leurs bonus. Le problème, c'est que la morale et l'économie font souvent mauvais ménage. Les conseillers de Barack Obama craignent que les banquiers concernés fassent tout pour que leurs établissements remboursent l'Etat au plus vite. Et si les banques remboursent trop vite l'Etat, elles n'auront plus assez d'argent à prêter pour relancer la machine. L'hypothèse d'un tel comportement suppose un sacré cynisme chez les financiers. Elle n'est hélas pas fausse pour autant.

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