Hier, la négociation sur les salaires n’a pas abouti entre la direction et les syndicats d’Ikéa. Ce conflit est intéressant à deux titres. D’abord, il étonne de la part d’une entreprise suédoise, la Suède est considérée en France comme une sorte de paradis social sur terre, et donc ce conflit il faut l’expliquer. Ensuite, il montre bien combien en ce moment, il y a deux types d’entreprise, deux types de situation. Rappelons les faits. La direction d’Ikéa France, entreprise qui emploie 9.000 salariés, qui a 26 magasins, a d’abord annoncé une hausse des salaires de 1% pour 2010, sur des bases individuelles, en clair sans augmentation générale. Face aux premières réactions, elle propose maintenant 2%, dont 1% pour tous les non cadres. Les syndicats veulent 4%. Premier élément, l’absence initiale de hausse pour tous, inédite, est peut-être due à une maladresse, il faut dire que la direction a changé début janvier. Du côté syndical, il y a aussi un test. C’est aussi le modèle social d’Ikéa qui est en cause… ? D’un côté, les syndicats constatent le bénéfice d’Ikéa France, selon eux 52 millions d’euros – chiffre non confirmé – et estiment qu’une part doit leur revenir. Ils notent aussi que l’entreprise demande de plus en plus aux salariés d’être polyvalents, de vendre les fameuses bibliothèques « Billy » mais aussi les cuisines par exemple. Et, du coup, ils courent beaucoup. La direction, elle, met en avant le niveau des salaires, au minimum 1.500 euros bruts par mois, le treizième mois, les accords de revalorisation pour l’avenir. Bref, elle veut montrer que l’image sociale n’est pas usurpée. Et surtout, elle fait savoir que la Suède est bien différente. Là-bas, 95% des salariés sont syndiqués, et les syndicats, qui siègent au conseil d’administration, accepteraient plus facilement de dialoguer sur le temps de travail, les flexibilités, la poly-compétence. Sur 24 pays européens, la France serait le pays où, chez Ikéa, la productivité par salarié serait la moins élevée. Qui a raison ? Pour trancher, il faudrait connaître la situation précisément. On peut juste remarquer qu’Ikéa a connu un développement remarquable ces dernières années, prenant la première place des distributeurs de meubles, doublant Conforama. A noter aussi que le groupe n’est pas coté, il compte sur les bénéfices pour investir. Ce qui est clair est qu’Ikéa va devoir bouger pour conserver son image de modèle social. Cela étant, d’une façon plus générale, on voit bien que les salariés, dans un certain nombre d’entreprises, revendiquent la récompense des efforts faits en 2008 et 2009 et un partage équitable de la valeur ajoutée. Au début de votre chronique, vous parliez de deux types d’entreprise… La comparaison est facile mais tentante. Pendant que les entreprises privées affrontent des tensions sur les salaires pendant la crise, d’autres n’ont pas ces soucis. On a appris la semaine dernière qu’à EDF, la hausse des salaires sera de 4,4% cette année pour 60.000 salariés – c’est le prix parait-il de la paix sociale. Personne n’en a parlé bien sûr. Je rappelle qu’EDF demande à l’Etat une hausse des tarifs de l’électricité payés par les clients – c’est-à-dire vous et moi.

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