L’INSEE a annoncé hier que la croissance française s’était élevée à 1,5% l’an dernier. Un peu décevant, non ?

Aucune télévision ne filmait Christine Lagarde au moment où elle a appris cette nouvelle, mais la toujours souriante ministre de l’Economie a dû esquisser une grimace. Au quatrième trimestre 2010, la croissance a gagné un petit 0,3%, nettement moins qu’espéré. Et le résultat est qu’au total, l’économie française a (donc) progressé de 1,5% l’an dernier. C’était l’objectif officiel du gouvernement, mais ce n’est pas la bonne surprise qu’il espérait secrètement. Ce score final a deux conséquences, une économique, et une autre politique. La conséquence économique est que le creux de la récession de 2009, la plus forte depuis 1944, n’est pas encore comblé. On avait chuté de 2,5%, on est remonté de 1,5% : le compte n’y est pas. La conséquence politique est que le scénario d’une reprise en V, rapide et puissante s’éloigne. Ce qui veut dire que, si rien ne change, l’économie n’aidera pas Nicolas Sarkozy au bon moment, à temps, pour la présidentielle de 2012.

Le gouvernement reste tout de même optimiste. Il parie toujours sur une croissance de 2% cette année, mais il est un peu seul. Même s’il avance quelques arguments à écouter. Concernant, d’abord, la croissance de la fin de l’année 2010. Le blocage des raffineries pendant les grèves sur les retraites a freiné la production d’énergie. Ensuite, dit-il, et il a raison, comparer le flamboyant résultat allemand de 2010 (+ 3,6%) au score français est en partie ridicule puisque l’Allemagne avait chuté, elle, deux fois plus que nous –et elle n’était pas la seule. Enfin, explique-t-il, les “fondamentaux” restent bons, surtout et toujours, la consommation des ménages. Là encore, c’est exact. Mais de là à en conclure qu’il y a suffisamment de carburant dans le moteur pour redémarrer franchement et pas seulement mollement, il y a un pas.

Pourquoi ce pas est difficile à franchir ? Peut-être parce qu’il faut admettre, hélas, que le moteur français a changé de régime, qu’il est bridé, et qu’il ne suffit pas de décréter l’inverse ou d’un coup de baguette magique pour que cela change. Après les récessions de 1975 et de 1993, l’économie était repartie franchement. Cette fois-ci, non. Et en plus sa vitesse moyenne ne cesse de ralentir. 6% de croissance dans les années 60. 2,5% dans les années 80. 2% dans les années 90. Et à peine plus de 1% depuis dix ans. Les explications de ce ralentissement sont évidemment multiples et très discutées. Disons simplement que dans une économie davantage tournée vers les services que vers l’industrie, les gains de productivité sont plus faibles. Des bonnes réformes ont été lancées, mais la route est longue.

Et tout cela a donc, en tous cas, des conséquences politiques ! Alors même que la France s’est mieux débrouillée dans la crise que d’autres pays, Nicolas Sarkozy a peu d’espoir d’arriver à la présidentielle porté par une lame de fond reposant sur une forte baisse du chômage et une croissance ultra dynamique. Il faudrait désormais presque un miracle pour qu’il en soit autrement. C’est la raison pour laquelle il fera campagne moins sur son bilan, quoi qu’on en pense, que sur ses projets.

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