L’inventeur du Nutella, Michele Ferrero, est mort avant-hier à 89 ans. Que retenez-vous de sa longue histoire ?

D’abord une performance impressionnante.

Sur une simple pâte à tartiner, Ferrero a bâti la première fortune d’Italie, près de 30 milliards d’euros.

Ses salariés bien payés bénéficient d’une protection sociale favorable.

Son entreprise fabrique chaque jour 1.000 tonnes de Nutella, marque connue dans le monde entier.

Mais au-delà, je retiens trois mots, qui sont aussi trois leçons : le hasard, le marketing et la famille.

Alors commençons par le hasard...

Hasard dans l’invention du Nutella.

Le père de Michele, petit chocolatier de la ville d’Alba dans le Piémont, fabriquait une pâte au chocolat. Comme les fèves de cacao étaient très chères après la guerre, Michele allège la facture en complétant la recette avec des noisettes, très abondantes dans la région. Premier hasard.

Trois ans plus tard, en 1949, été caniculaire en Italie. Catastrophe : la pâte au chocolat et aux noisettes, qui était dure, qui se coupait au couteau, fond. Elle devient crémeuse. Ce deuxième hasard devient une illumination : il faut faire une crème ! La famille Ferrero met quinze ans à mettre la recette au point.

Puis il faut emballer le produit. L’un des fils a une idée : une coupelle de verre avec un couvercle plastique. C’est follement moderne. Le succès est immédiat.

Ce qui nous amène à la deuxième leçon, le marketing.

Si le succès de Nutella vient d’un bon produit difficile à imiter, il vient aussi de l’art de la vente.

L’entreprise italienne a dépensé des fortunes pour faire l’éloge de sa pâte, censée être bonne pour la santé. Elle a repoussé les offensives sur l’obésité, sur les OGM, sur l’huile de palme. Elle a évité le projet français de « taxe Nutella ».

Mais en matière de marketing, le plus intéressant est ailleurs avec un autre produit Ferrero : l’œuf Kinder. Tous les parents connaissent cet œuf en chocolat avec un petit jouet en plastique à l’intérieur, placé juste avant la caisse du supermarché pour que le cher bambin ne puisse pas le rater.

Cet œuf en chocolat, c’est une tradition ancienne de la fête de Pâques. Ferrero a réinventé ce plaisir annuel pour en faire une gâterie quotidienne : génial.

Et enfin, troisième leçon, la famille.

Ferrero, c’est effectivement une histoire de famille : le père de Michele, puis Michele, maintenant son fils Giovanni après le décès de son frère Pietro. On en est à la troisième génération.

En France, on aime ces histoires d’entreprises familiales, elles font rêver. Mais en même temps, on fait tout pour les tuer au moment de la succession, avec un impôt trop lourd à payer si la transmission n’a pas été préparée depuis des décennies.

La France a ici le cul entre deux chaises. Et dans cette posture, on risque de tomber. C’est le sort que subissent chaque année de belles entreprises familiales françaises dont le patron ou l’ancien patron disparaît, comme Michele Ferrero avant-hier.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.