par Etienne Lefebvre

Vous revenez ce matin sur l’achat des 15 TGV pour sauver l’usine Alstom de Belfort, qui circuleront finalement à grande vitesse. Mais vous n’avez pas l’air convaincu…

Non pas vraiment. Hier matin à ce micro je vous vantais les mérites de l’Etat actionnaire dans le sauvetage de Peugeot, hé bien là, c’est tout l’inverse. Un petit retour en arrière s’impose : à l’automne, sous la pression du PDG d’Alstom qui menace de fermer l’usine de Belfort, le gouvernement tort le bras de la SNCF pour qu’elle achète des TGV dont elle n’a pas besoin. Guillaume Pépy est furieux ? Peu importe, les nouvelles rames Dupleix rouleront à petite vitesse entre Bordeaux et Marseille. En attendant qu’un jour, peut-être, elle devienne une ligne à grande vitesse. Sauf que le prix est deux fois plus cher que pour un train intercités ! Et que l’affaire suscite une rafale de moqueries. « ça n’est en rein du bricolage, c’est de la stratégie », ose pourtant Manuel Valls, alors à Matignon. Changement de cap radical hier : les nouveaux TGV circuleront donc à grande vitesse entre Paris et Bordeaux. Et un cadre de la SNCF d’admettre benoîtement que le plan précédent était, je cite, « peu cohérent et coûteux ». Il aura juste fallu des semaines de réunions pour s’en apercevoir.

Mais la SNCF a-t-elle besoin oui ou non de ces TGV ?

Pas plus qu’il y a six mois. Evidemment, ces rames neuves vont remplacer des plus anciennes, donc cela va améliorer la qualité et réduire les frais de rénovation. Mais la facture dépasse 400 millions d’euros et l’entreprise n’a pas les moyens. C’est là que se pose la question clef : qui paie ? Initialement, l’Etat devait commander les 15 TGV. Finalement, ce sera la SNCF, mais avec la promesse d’une baisse de taxe équivalente pour l’entreprise. C’est donc le contribuable qui paiera.

Donc tout va bien pour la SNCF…

Oui, si l’Etat tient parole. Mais juridiquement, aucun lien n’est fait entre ces deux dossiers. Et pour cause, il s’agit d’éviter que la Commission européenne y voit une aide d’Etat à Alstom. Le risque pour la SNCF, c’est qu’un futur gouvernement remette en cause cette ristourne fiscale. Et que la facture des TGV lui reste sur les bras. Une dernière anecdote ? Les rames sont dotées d’équipements qui ne seront sans doute pas encore homologués lors des premières livraisons. Elles devraient donc commencer leur carrière… au garage.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.