L'UE reste en retard par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sur la vaccination. La cause est désormais bien connue : des livraisons plus lentes qu'ailleurs. Les industriels ne sont pas assez transparents. La France compense ces retards en ciblant mieux les personnes à risque.

L'UE reste en retard par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sur la vaccination
L'UE reste en retard par rapport aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sur la vaccination © AFP / Nicolas Billiaux / Hans Lucas

L’Europe reste effectivement en accusation. Elle l’est bien sûr face au Royaume-Uni, qui vient de passer le seuil des 15 millions de vaccinations, contre 20 millions seulement hier soir pour l’ensemble des Vingt-Sept pays de l’Union européenne, selon les données de l'ECDC. 

Pour l’expliquer, on a beaucoup entendu, au début, que Londres a démarré un mois plus tôt : honnêtement, mi-février, cela ne joue plus. On a dit aussi que Londres a pris des risques sanitaires en espaçant les doses et en faisant du chiffre : honnêtement là encore, le préjudice ne saute pas aux yeux. 

En réalité, la raison de leur avance est à chercher du côté de la production et des livraisons

Face aux Etats-Unis, et pour la même raison, l’Europe n’est pas en meilleure place. Selon les données disponibles ce week-end, Washington a reçu 70 millions de doses de deux industriels, Pfizer et Moderna. L’Europe, elle, en a reçus 26 millions de trois industriels en rajoutant AstraZeneca. 70 millions d'un côté, 26 de l'autre. 

De toute évidence, l'usine Pfizer du Michigan "sort" davantage de vaccins que celle de Puurs, en Belgique. Mais il est anormal que les industriels ne communiquent aucune donnée sur leur production européenne : combien de doses par jour ? Quel est le maximum ? Quelle montée en charge prévue et possible ? 

Pour être honnête, on a l’impression que Bruxelles n’en sait pas beaucoup plus. On espère se tromper, mais c’est anormal. 

Mais certains disent : réquisitionnons les usines ! 

Et d’autres disent : transformons les licences en bien public mondial. Là, j’ai envie de vous faire la même réponse qu’Esther Duflo, Prix Nobel d’économie à ce micro hier. Ce n’est pas le moment de se mettre à dos les laboratoires pharmaceutiques, leurs chercheurs, alors qu’il faut travailler tous ensemble pour suivre les variants. Mieux vaut les inciter à travailler ensemble – mais en maintenant la pression pour comprendre ce qui se passe. 

Pour le reste, en attendant que les doses arrivent par dizaines de millions, chaque pays doit gérer au mieux ses stocks

Et là, je crois qu’on peut dire que la France, qui a démarré mollo mollo sa vaccination et qui est encore aujourd’hui derrière l’Allemagne et l’Italie, la France atteint mieux sa cible. Ici, les deux tiers des vaccinés ont plus de 70 ans, contre un tiers seulement en Allemagne (NDLR à 17 heures : le chiffre est en réalité nettement supérieur, une erreur de lecture des données allemandes a conduit à une erreur) et 14% en Italie – où ce sont les  soignants de 40-60 ans qui passent en priorité. 

Ce sont à chaque fois des choix sanitaires différents. 

Mais c’est en France que l’effet de la vaccination sur les cas graves se constatera le plus vite - mais la discussion reste ouverte sur la priorisation des résidents en EHPAD par rapport aux plus âgés autonomes chez eux. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter