Vous revenez sur la perte du triple A par la France et la dégradation de la zone euro. Avec une interrogation : et maintenant ?

La question posée est simple : y a-t-il, en France et en Europe, des dirigeants capables de trouver le bon bouton sur lequel appuyer pour trouver des solutions ? Le succès populiste, en France, de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon - qui a dénoncé samedi les « bons à rien » qui nous gouvernent - montre qu’une partie de l’opinion en doute. C’est bien l’immense défi lancé aux pouvoirs en place. Car s’ils sont tous en difficulté, c’est parce que chacun sait que Standard & Poors dit une part de vérité– même si ces agences qui font la pluie et le beau temps se sont si souvent trompées. On peut faire un parallèle avec l’opérateur de télécoms Free. Free a montré qu’il y avait une marge pour baisser les prix dans le mobile ; S&P dit que la zone euro ne fonctionne pas et que la France, avec plus de 5% de déficit public, ne mérite plus un 20/20. On le savait. Mais la vérité s’impose.

Sur le plan européen, qu’est-ce qui ne va pas ?

D’abord, le monde anglo-saxon, les investisseurs, ne comprennent rien à l’articulation entre politique monétaire et budgétaire en Europe, au rôle de la Banque centrale, qui aide sans aider. C’est normal : c’est incompréhensible. La vraie dégradation, avant celles des pays, c’est bien celle de l’organisation de la zone euro. C’est ce qui explique que le Luxembourg, pas endetté, est touché. L’autre point concerne l’austérité. S&P dit : si vous allez trop loin, vous tuez la croissance. C’est vrai. Le problème, là, est qu’en ne touchant pas à la note de l’Allemagne, S&P envoie un mauvais message à Berlin qui se sent conforté et ne pense qu’à serrer la vis. En réalité, soutenir la croissance ne signifie pas forcément ouvrir les vannes mais aussi faire des réformes pour rendre les économies compétitives.

Pour la France, cette dégradation est une claque...

Et une humiliation (justifiée on l’a dit) par rapport à l’Allemagne. L’erreur politique a été de mettre le triple A sur un piédestal. Nicolas Sarkozy paie son manque de constance sur les finances publiques et le côté brouillon de sa politique. Il fait des bonnes choses, parfois courageuses, mais dans le désordre. L’Elysée prie pour que Moody’s ne dégrade pas à son tour cette semaine – c’est possible. Mais plus largement, c’est à l’ensemble des Français que le message de vérité s’adresse. La Cour des comptes dix fois, le rapport Pébereau, ont averti de ce qui allait se passer. Personne n’a écouté. La gauche peut-elle se dire, ouf ! La dégradation est déjà faite si elle est élue ? Non, S&P a averti qu’une autre dégradation est possible cette année.

Quelle conclusion de ces trois jours de folie autour d’un triple A dont 99% des Français ignoraient l’existence ?

Pour la France, ce n'est pas un drame économique. La terre ne s’est pas arrêtée de tourner. Mais la spirale infernale continue pour la zone euro, et d’abord l’Espagne et l’Italie. Et Berlin, qui tenait déjà le manche, va définir encore plus le plan de route.

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