Ce matin, vous commentez le bilan démographique publié hier par l’Insee. A-t-il un intérêt économique ?

Oui, trois fois oui. Cet intérêt saute aux yeux, ou plutôt il devrait sauter aux yeux, mais comme le nez au milieu de la figure, on n’y fait pas attention tout de suite. Qu’a-t-on appris d’essentiel hier ? Que la France compte quasiment 66 millions d’habitants, dix millions de plus qu’il y a trente ans, cinq de plus qu’il y a dix ans. Un beau dynamisme, surtout quand on sait que l’Allemagne, elle, stagne depuis vingt ans et recule depuis dix. Premier réflexe : une population plus nombreuse, cela fait plus d’achats dans les magasins, plus de jeunes pour payer les retraites, bref, c’est bon pour la croissance. Et c’est vrai !

Mais je pressens que ce n’est pas la seule lecture possible…

… et vous avez gagné ! Car on peut changer de point de vue. La formule « une démographie dynamique, c’est bon pour la croissance » se lit autrement aussi. Notre croissance de ces dernières années, n’est-ce pas seulement le résultat de ces bras en plus, cette consommation en plus, de notre hausse démographique ? Ce dynamisme-là pèse-t-il plus aujourd’hui que la fameuse compétitivité par exemple ? On en vient à des questions troublantes à cette heure matinale : le chiffre de la croissance ne veut-il rien dire ? Et quel sens ont les comparaisons entre pays faites à tout instant dans le monde entier en se lamentant ou en souriant ?

Et la réponse est… ?

Le sens est limité. La démographie explique en partie la croissance américaine, toujours plus élevée qu’en Europe. Même chose pour l’Inde, mais moins pour la Chine, qui explose les compteurs. Mais si on observe ceci, alors, on est obligé d’aller à une nouvelle conclusion qui ouvre un abîme de perplexité : si la croissance de la population est supérieure à la croissance économique constatée, cela veut dire que la richesse par habitant, le niveau de vie, baisse.

Quel enseignement pour la France ?

Depuis dix ans, le PIB, l’activité, a progressé à un rythme à peine plus élevé que le nombre d’habitants, autour de 8-10% dans les deux cas. Le gâteau grossit, le nombre de convives aussi, les parts ne sont donc pas plus grosses. Depuis la crise, le constat est encore plus sévère. A l’heure où je parle, la France n’a pas rattrapé le niveau d’activité de début 2008. Mais nous sommes un million et demi plus nombreux. Notre richesse moyenne par tête a donc baissé ; voilà l’explication du sentiment d’appauvrissement des Français et il est réel.

Quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ?

Un : il est ridicule de scruter les virgules de la croissance, les dixièmes sans tenir compte de la démographie.

Deux : un pays qui fait des bébés doit afficher une croissance plus élevée qu’un autre qui n’en fait pas, pour qu’elle ait du sens. En dessous de 0,7% de croissance, les Français, individuellement, s’appauvrissent.

Trois : tout cela ne m’empêchera pas de commenter des chiffres de croissance dès que nécessaire parce que le PIB est le plus mauvais indicateur ... à l’exception de tous les autres.

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