Le système électrique va donc être sous tension cette semaine

Oui, à cause du froid, et les experts surveillent de près les risques de pénurie. Cet épisode attire en creux notre attention sur une réalité : nous sommes des enfants gâtés. C’est un miracle des ingénieurs qu’un pays de 66 millions d’habitants comme la France bénéficie, 365 jours par an et généralement sans problème majeur, d’une énergie qui ne se stocke pas, l’électricité. Au pic de cette semaine, jeudi, notre consommation devrait être de 101,6 gigawatts, pas loin du record historique. A la seconde du pic, nous utiliserons l’équivalent de l’éclairage de 13 Tours Eiffel allumées pendant un an ! Tandis qu’au plus bas de l’année, en été, notre consommation est trois fois moins élevée. Cela veut dire que les centrales nucléaires, les barrages, centrales éoliennes et solaires sont organisés pour subir des amplitudes énormes.

Mais le problème, c’est que la production d’électricité sera insuffisante

Exactement. En face de ce besoin de 100 gigawatts, la capacité théorique de la France s’élève à 130 gigawatts. Sauf que certains réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, pour des contrôles. C'est assez surprenant d'être surpris par le froid en hiver, mi-janvier, et de ne pas pouvoir faire face. Mais enfin bref, le résultat est la France ne peut aligner que 87 gigawatts. Donc, il en manquera aux heures de pointe. Une partie de l’écart sera comblé par la moindre consommation de sites industriels volontaires et par la bonne volonté des particuliers.

Mais l’essentiel du manque sera comblé par des importations....

Et c'est là qu'il y a un problème. Autour de 7 gigawatts viendront d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie ou du Royaume-Uni via 48 interconnexions. On voit bien que c’est le niveau européen qui est important pour s’échanger de l’électricité en cas de coup dur météo ici ou là. Les spécialistes ont tous en mémoire le 4 novembre 2006 à 22 heures 13, quand 15 millions de personnes ont été privées d’électricité en Europe et jusqu’au Maghreb. Une coopération en quelques secondes avait évité le pire. Le problème est que l’Europe de l’énergie, au lieu d’avancer, recule plutôt. Au nom du souverainisme, les ex-pays de l’Est ne veulent pas en entendre parler à Bruxelles. Cela veut dire que l’Europe, ce ne sont pas seulement des grandes envolées lyriques et politiques, cela peut avoir des traductions très concrètes. Dans notre vie de tous les jours.

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