Le procès en néolibéralisme de la sphère publique est une blague que seuls les gogos gobent, comme le confirment jour après jour toutes les statistiques. Cela ne veut pas dire que le libéralisme privé n'est pas excessif ici ou là.

On a appris hier que le déficit de l’Etat a approché les 100 milliards d’euros en 2019. C’est précisément 93 milliards d’euros – un peu mieux que prévu. Mais c’est considérable et la France est l’un des trois pays européens qui enregistre LE plus gros déficit global avec Chypre et la Roumanie - voir les annexes des Prévisions économiques de la Commission européenne de novembre page 185. 

Il y a peu, on apprenait aussi, par le truchement de l'OCDE, que notre pays est celui qui a les prélèvements fiscaux et sociaux les plus élevés de TOUS les pays développés - 46,1% du produit intérieur brut en 2018. 

Tout cela est archi-connu et on peut discuter à l’infini des vertus et des échecs de cette situation. 

Mais le mystère, le grand, l’immense mystère, est qu’une partie des Français sont quand même persuadés que le néo-libéralisme règne en maître ici. C’est une fable, une blague. 

Dans un pays néo-libéral, le budget serait en équilibre. 

Dans un pays néo-libéral, les impôts seraient bas. 

Dans un pays néo-libéral, les dépenses publiques et la dette seraient faibles. 

En réalité, le choix a été fait d’une redistribution massive -et les inégalités après redistribution sont plus faibles qu’ailleurs. L'argent a été mis là davantage que dans les services publics. 

En réalité surtout, le concept de néo-libéralisme est vague. Depuis la chute du Mur de Berlin, plus personne n’ose dénoncer le libéralisme après avoir vu le collectivisme ; du coup, le néo-libéralisme, pourtant donc à côté de la plaque sur la sphère publique en France, est la formule sacramentelle devant laquelle il faut s’incliner. 

Mais attention … Mais les excès du libéralisme existent vraiment dans la partie privée de l’économie, celle des entreprises. 

-La violence hier et peut-être demain  des restructurations industrielles (la sidérurgie et l’automobile) et dans les services (le commerce), s’explique par la concurrence et l’émergence de nouveaux pays, mais aussi la naïveté européenne face aux autres puissances. 

-La fragilité du secteur financier avant 2008 et encore aujourd’hui pour la partie non régulée est un danger et une faute. 

- Le courtermisme et le cynisme (parfois) des entreprises sur le niveau et les écarts des salaires comme, pour l’avenir, vis-à-vis du climat, tout cela est porteur de gros risques. 

- Enfin, quand on s’aperçoit que la fermeture des supérettes dans les petites villes a été un facteur déterminant de la colère des Gilets Jaunes -une passionnante étude publiée hier par le CAE, Conseil d'Analyse économique-, on découvre les incohérences des actions publiques et privées. 

Bref, la critique des dérives du libéralisme est possible, elle est nécessaire, mais tout mélanger dans une sorte de gloubi-boulga n’est pas -si on ose dire- très productif.

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