L'édito éco avec Jean-Francis Pécresse, des « Echos ». Aux Etats-Unis, le premier fabricant mondial de puces électroniques, Intel, a annoncé des ventes bien meilleures que prévu, ce qui a en partie dopé la plupart des places financières. Cela fait des semaines, voire des mois, que Wall Street, en plein brouillard, se cherche un baromètre. Et les investisseurs croient l'avoir trouvé avec Intel. Car le groupe basé à Santa Clara, Californie, équipe en micro-processeurs les quatre cinquièmes des ordinateurs individuels du monde entier. Ceux des particuliers mais aussi ceux des entreprises. Donc si les ventes de puces électroniques repartent, c'est peut-être que les entreprises se mettent à renouveler leurs équipements informatiques, voire à investir d'une manière générale. Intel serait, si l'on peut dire, l'hirondelle d'été qui annoncerait le printemps de l'économie ; d'autant que la réserve fédérale américaine a publié hier soir un rapport encourageant sur la croissance américaine. Les résultats annoncés hier corroborent-ils ce scénario ? Oui et non. C'est vrai que jamais depuis 1988, Intel n'avait connu, en un seul trimestre, une telle envolée de son bénéfice, 72%. Et puis, autant que les résultats, les perspectives sont encourageantes : le numéro un mondial des puces s'attend à un bon deuxième semestre. Cela dit, si l'on regarde les résultats de plus près, on voit : d'abord, que c'est surtout l'Asie, et la Chine, qui soutient les ventes. Et aussi que c'est surtout le grand public qui recommence à acheter des ordinateurs, mais pas n'importe lesquels, les fameux netbooks, vous savez, ces nouveaux portables de toute petite taille. Ils s'arrachent comme des petits pains, mais ils font faire aussi de petits bénéfices à leurs fabricants. Et enfin, pour avoir une idée plus précise de la météo économique, il faudra attendre dans les prochains jours, les résultats d'autres géants de la hi-tech, comme Google et Microsoft. Ces groupes résistent à la crise mais aussi aux lourdes amendes financières de la commission européenne. 1 milliard d'euros en mai 2009 pour Intel, 1 milliard 700 millions au total depuis 2004 pour Microsoft. Des records absolus. L'un et l'autre ont été condamnés pour abus de position dominante. Pendant des années, ils ont agi sans grand scrupule pour tenir leurs concurrents à distance et, au fond, se partager l'univers du PC. Quand on achète un PC, on a rarement le choix du microprocesseur ou du système d'exploitation. Alors c'est vrai que ces amendes affectent lourdement les comptes de ces entreprises mais elles sont dans un secteur en telle innovation, en telle croissance, qu'elles ne permettent pas, elles seules, de faire émerger de vrais compétiteurs. En fait, un Microsoft a moins à craindre d'une autorité de la concurrence, fut-elle aussi sévère que la commission européenne, que des cerveaux d'un Google. Google qui, après être devenu en très peu de temps, un roi de la publicité sur le web, veut défier la firme de Steve Ballmer dans les logiciels. Quant à Intel, son nouveau champ de bataille, c'est les terminaux mobiles comme l'i-phone et, là, il n'est pas vraiment en position dominante. Les investisseurs aiment ces chocs de titans autant que de fragiles signes de reprise.

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