La Cour des Comptes a donc adressé un satisfecit à Nicolas Sarkozy sur les dépenses de l’Elysée. Anecdotique ou important ? Important et en tous cas intéressant ! On parle si souvent des dérives et des scandales qu’il n’est pas interdit de parler de ce qui va mieux. Evidemment, ce rapport constitue une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy puisque personne ne peut suspecter la Cour des comptes de complaisance : elle est présidée par un ex-député socialiste. Dans le détail, la Cour souligne les progrès réalisés. Un exemple : la mise en concurrence des traiteurs a conduit à une économie de 30% pour la Garden Party de 2009. Ce genre d’information (croustillante) est désormais ouverte et disponible, à tous sur Internet avec bien d’autres. Mais évidemment aussi, les magistrats notent que des progrès sont encore possibles (sinon ils ne feraient pas leur boulot). Sur les frais de communication et de déplacement par exemple. La Cour trouve que le président emmène beaucoup de monde : une centaine de personnes pour l’assemblée générale de l’ONU. Rappelons quand même que Barack Obama est venu à Strasbourg (sommet de l’OTAN) avec 800 personnes dans ses bagages ! Mais en quoi cette transparence est-elle nécessaire ? La question est plus complexe qu’elle n’en a l’air. Elle l’est, nécessaire, pour éviter les abus bien sûr – dont s’amuse le Canard Enchaîné depuis toujours. Elle l’est si elle évite le populisme facile contre les élites. Mais la transparence est d’un maniement délicat. D’abord parce que, pour l’opinion, forcément, un certain nombre de choses sont difficiles à comprendre : le montant des frais de déplacement, d’hôtel, de réception etc. En réalité, il ne faut pas oublier qu’il s’agit (qu’on l’aime ou pas) du chef d’Etat de la cinquième puissance mondiale. Au passage, on découvre un rythme de travail hallucinant : 102 voyages officiels en 2009 (en France et à l’étranger). Ce qui est délicat aussi est de se rendre compte, avant de demander davantage encore de transparence, d’où l’on vient : il y a trois ans, on ne savait rien du tout ! Le mouvement vers plus de transparence dépasse l’Elysée ? Sans aucun doute. Depuis quinze ans, les progrès ont été considérables. Songez qu’une bonne partie de ceux qui critiquent sévèrement le niveau actuel des dépenses de l’Elysée et réclament la transparence ont accepté, si ils ont été ministres avant 2000, d’être payés en partie en liquide avec toutes leurs équipes ! C’est Lionel Jospin et Jacques Chirac qui ont mis fin à cela. Plus généralement, le mouvement est irréversible. Les dépenses de l’Etat sont contrôlées au premier euro et les procédures mises en place depuis ce qu’on appelle la LOLF - la plus grande réforme comptable depuis 1958 qui a fait l’objet d’un consensus droite gauche il y a quelques années-, (ces procédures) ont tout changé. Le Parlement reçoit chaque année environ 45.000 pages de documentation sur le Budget et les commissions des finances peuvent faire des descentes dans les ministères. Il existe encore certainement quelques fonds secrets mais beaucoup de choses ont vraiment changé. Alors, que reste-t-il comme progrès à faire ? La réponse est plus simple ! Un : si on contrôle mieux les coûts, l’évaluation de l’efficacité des dépenses est encore un énorme chantier. Deux : il existe un lieu de pouvoir qui est plus exigeant pour les autres que pour lui-même sur la transparence financière, c’est le Parlement. Une suggestion : que les présidents de l’Assemblée et du Sénat demandent à la Cour des comptes de les passer au scalpel. Chiche !

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