Alors que la crise économique s’accentue, comme en témoigne les annonces de PSA, les grandes banques elles continuent à défrayer la chronique en perdant des fortunes sur les marchés financiers.

C’est à croire que les grandes banques internationales n’ont rien appris. Le tumulte provoqué en France par le plan social de PSA a couvert cette annonce. Mais, vendredi, la première banque au monde l’américaine JP Morgan a indiqué qu’un pari mal exécuté par ses traders lui avait déjà coûté près de 6 milliards de dollars. Au final, l’addition pourrait atteindre 7,5 milliards ! Dans n’importe quelle industrie, une perte aussi massive serait fatale, mais pas dans la banque. JP Morgan a indiqué qu’en dépit de ce sinistre, ses profits sur les 6 premiers mois de l’année atteindraient 10 milliards de dollars ! Ce que les anglo-saxons appellent le « casino banking » n’est manifestement pas mort. Malgré leurs promesses maintes fois répétées, certains grands financiers continuent à spéculer massivement sur les marchés. Comme ces multirécidivistes, qui promettent au juge de se tenir à carreau mais qui s’avèrent incapables de contrôler leurs pulsions, ils sont une nouvelle fois pris la main dans le sac. Comment se fait-il que de tels comportements soient toujours possibles ? La réglementation financière a pourtant été durcie.

Des mesures ont été prises, d’autres entreront bientôt en vigueur. Toutes visent à mieux encadrer l’exercice du métier de banquier et la rémunération des traders. Mais dans la finance les habitudes ont la vie dure. Un autre scandale aux conséquences potentiellement dévastatrices en témoigne. C’est celui du Libor. Pas sûr que ce nom dise grand-chose à nos auditeurs, Pierre. C’est pourtant l’un des piliers du marché du crédit. Il s’agit d’un taux d’intérêt qui sert de support à l’essentiel des prêts consentis dans le monde des affaires. Or, une douzaine de très grandes banques sont soupçonnées d’avoir sciemment contribué à fausser la fixation du Libor pendant des années. En clair, d’avoir mis en place une escroquerie de place pour maximiser leurs profits. Barclays, l’un des principaux établissements britanniques, a déjà avoué. Ce qui a coûté son poste à son patron. Mais l’enquête continue et d’autres gros poissons pourraient rapidement être pêchés. La justice américaine s’intéresse de très près à la question. Au total, les amendes infligées dans ce dossier pourraient dépasser les 20 milliards de dollars. Comment après cela expliquer aux contribuables qui ont injecté des milliards de livres, de dollars ou d’euros dans les banques au plus fort de la crise de 2008 que la finance a appris de ses erreurs ? Que sa culture a changé ? C’est proprement impossible.Alors justement, comment mettre un terme à ces excès ?

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des mesures radicales. Une interdiction des opérations de marchés étant impossible, puisque la plupart sont utiles à l’activité économique, l’idée qui tient la corde est de couper les banques en deux. C’est –à-dire de séparer les activités de gestion de l’épargne des particuliers et des entreprises de ces métiers beaucoup plus risqués. A Londres, le principe de cette partition est acquis. A Paris, le gouvernement a ouvert le débat, même si les banques françaises n’ont pas fauté pour le moment.Une telle solution est évidemment tentante. Pour se protéger de l’incurie des banquiers, quoi de mieux a priori que d’isoler ces activités dans un caisson étanche, un peu comme le cœur d’une centrale nucléaire. Le problème, c’est qu’un tel isolement offrirait une sécurité illusoire. Et qu’une réaction en chaîne incontrôlée se produisant dans cette enceinte confinée pourrait avoir des conséquences désastreuses pour tout le système financier. En clair, la meilleure solution est sans doute de rendre encore plus strictes les règles appliquées à ces activités. De prohiber les opérations les plus spéculatives et surtout, d’améliorer la surveillance des traders. Que vaut le code de la route sans la peur du gendarme ? On ne pourra certes pas mettre un superviseur derrière chaque banquier. Mais il est urgent de sanctionner beaucoup plus fortement les abus constatés. Pour les banquiers, le temps est enfin venu de la tolérance zéro.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.