Nouveau record économique dans le football français. L’uruguayen Edinson Cavani, qui joue à Naples, devrait être transféré au PSG pour 64 millions d’euros. Pourquoi une telle envolée ? Dans le foot, on joue au ballon mais quand les prix montent comme ça, de plus en plus, on est plutôt dans une bulle. Une bulle spéculative, exactement comme sur les marchés financiers. Le dernier record remontait à la semaine dernière : Radamel Falcao à Monaco pour 60 millions d’euros. Le précédent, c’était juste avant, toujours Monaco avec James Rodriguez pour 45 millions. Le club monégasque avait battu le record du PSG établi l’été dernier avec Thiago Silva pour 42 millions. Toujours plus cher donc, avec une accélération : c’est la signature d’une bulle. Les dirigeants des clubs expliquent pourtant qu’il s’agit d’un investissement, qu’ils pourront toujours revendre les joueurs plus cher… D’abord, je n’aime pas cette idée de vendre des joueurs, ça me rappelle un passé détestable. Ensuite, c’est justement avec cette autre idée que les prix ne peuvent que monter que se gonflent les bulles. Enfin, ça me rappelle cette histoire du propriétaire d’un chien à un million d’euros. Quand on lui demande comment il sait que son chien vaut un million, il répond que c’est parce qu’il vient de l’échanger contre deux chats à 500.000 euros. Les arguments des clubs de foot ressemblent parfois étrangement à ça. Mais d’où vient l’argent qui gonflerait cette bulle ? Question cruciale. Dans une bulle financière, l’argent vient du crédit, ou des banques centrales qui se mettent à imprimer des billets. Dans le foot français, PSG et Monaco se battent avec du vrai argent. Sauf que ça ne vient pas de France. Côté PSG, l’argent vient du Qatar et donc du gaz. Côté Monaco, il vient de son président-propriétaire, le Russe Dimitri Rybolovlev, qui a fait fortune dans la potasse. C’est un peu pareil en Angleterre, à ceci près que les Britanniques savent en plus vendre leurs matchs spectaculaires aux télés du monde entier. En revanche, en Espagne, le Real de Madrid et le Barça de Barcelone ont accumulé des dettes colossales qui ne seront sans doute jamais complètement remboursées. Le foot fonctionne donc comme une allégorie de la macroéconomie. En France, l’argent vient d’ailleurs, pour financer le foot comme la dette publique. En Espagne, la dette est devenue insupportable et risque de tout couler. Vous n’avez pas encore parlé de l’Allemagne… J’allais y venir. Les clubs allemands ont adopté un modèle très différent. Ils ont peu de dettes, voire pas du tout. L’argent vient d’abord des spectateurs qui viennent au stade. Les droits télé représentent seulement 20% des recettes, deux fois moins qu’en Espagne.Et devinez quoi : les clubs allemands gagnent sur le terrain, comme les exportateurs allemands. Je vous rappelle qu’en finale de la Ligue des champions, le Bayern de Munich l’a emporté face au Borussia de Dortmund.Morale de l’histoire ? Le foot est un formidable reflet de l’économie. Pour savoir si la Commission européenne arrivera enfin à faire respecter des règles économiques communes par les Etats des pays de l’Union, et aussi par les banques, il suffit peut-être de voir si Michel Platini, qui préside l’Union des associations européennes de football, parviendra à imposer l’an prochain des principes de fair play financier aux clubs de foot.

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