Hier, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker a été élu président de la Commission de Bruxelles par le Parlement européen. Question simple : est-ce le bon leader dont l’Europe a besoin ?

Question simple mais la réponse ne l’est pas. Disons que Jean-Claude Juncker est le plus petit commun dénominateur entre les chefs d’Etat des pays européens, le Parlement, la gauche et la droite. C’est un point d’équilibre, il a des avantages. Mais ce n’est a priori certainement pas l’idéal enthousiasmant qui pourrait relancer l’Europe et la réconcilier avec ses 500 millions d’habitants. On va y revenir, mais avant cela, le plus frappant est de constater que l’élection du président de la Commission n’est pas considérée comme un événement vraiment important. Les JT de 20 heures de TF1 et France 2 y ont consacré exactement vingt secondes l’un et l’autre et pile à la même heure, 20 heures 15. Pas une seconde de plus ! A l’international aussi, cette élection a fait un bide.

Vous avez à ce sujet une anecdote croustillante !

Ou effarante. Il faut savoir que le gouvernement américain n’appelle JAMAIS les institutions européennes. Ni le patron de la commission de Bruxelles, ni celui de ce que l’on appelle l’Eurogroupe (c’est le club de l’euro), ni le président du conseil européen. Comment le sait-on ? Les ministres d’Obama doivent publier régulièrement la liste de leurs appels téléphoniques, qui ils appellent – c’est la loi. J’ai regardé les appels passés par Jack Lew, le secrétaire d’Etat au Trésor, leur ministre des Finances, entre juillet et décembre 2013. Eh bien, il a appelé et vu le patron de la Banque centrale européenne Draghi, le ministre allemand des Finances Schauble, assez souvent, son équivalent britannique Osborne, Christine Lagarde (pour le FMI) et Moscovici le ministre français (moins, deux fois en six mois). Mais ZERO fois les autorités communautaires. Au cours de la crise de l’euro, entre 2010 et 2012, on avait vu la même chose, et c’était Jean-Claude Juncker qui pilotait l’Eurogroupe. Il a donc du pain sur la planche pour exister !

Comment s’est-il imposé, alors ?

C’était le candidat des conservateurs européens qui ont remporté l’élection. Les socialistes européens se sont ralliés à lui pour constituer une majorité face à l’extrême droite. Bon, c’est un vrai européen, il est dans les couloirs bruxellois depuis vingt ans, il connaît tout et tout le monde. Il est plus centriste que Barroso, et d’ailleurs son discours d’hier a arrosé large. Oui à la rigueur allemande, mais aussi et surtout oui à la relance que veulent François Hollande et Mattéo Renzi – il a ainsi évoqué un plan d’investissements de 300 milliards d’euros et cité Delors, Mitterrand et Kohl. Pourquoi pas ? Mais comment faire ? Mystère ! Bref, c’est un homme de compromis.

Mais un compromis pas très emballant ?

Non. On ne peut pas dire qu’il apporte du sang neuf – même si à 59 ans, il est plutôt jeune. Il paraît usé. Finalement, c’est parce que David Cameron et Londres le détestent vraiment que sa figure a pris une vraie consistance et qu’il a trouvé des défenseurs. Apparemment, il n’y avait pas d’homme ou de femme providentiels en réserve. Au total, l’avantage de tout cela est que la surprise ne peut être que bonne.

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