Les députés grecs ont donc adopté cette nuit le plan de réformes exigé par les créanciers. Les vraies négociations vont pouvoir commencer. Mais vous, ce matin, vous vous intéressez au torchon qui brûle entre le FMI et les Européens. Torchon qui brûle, c’est le mot. Cela fait deux fois en moins de deux semaines que le Fonds monétaire International donne l’impression de torpiller la position des Européens. Juste à la veille du référendum, il avait publié une analyse très pessimiste sur la dette grecque, demandant son allégement. A Athènes, les partisans du « non » n’en demandaient pas tant. Et hier, rebelote. Deux jours après la fin de la négociation marathon, le FMI fuite (comme on dit) un document selon lequel l’accord sera intenable sans un effacement de cette même dette. A Bruxelles et dans certaines capitales, on crie au sabotage, en se demandant si Christine Lagarde, la patronne du Fonds, est complice ou court-circuitée par les Américains, qui sont très puissants au sein du FMI. Ambiance.

Bon alors, qu’est-ce qui explique ce désaccord ? Il y a une explication politique et une autre économique. L’explication politique, la voilà. Le FMI dit aux Européens : si vous n’allégez pas la dette, je me retire, je ne participe plus aux plans de sauvetage. En fait, on soupçonne qu’il n’a pas envie de continuer à être dans ce bateau. Parce que ses membres non européens n’ont plus du tout envie d’aider un pays développé comme la Grèce, qui a reçu des sommes considérables. Le Zimbabwe, Haïti, le Vietnam ont du mal à comprendre la situation. Donc, ce pourrait être un prétexte.

… et maintenant, la raison économique … Plus intéressante. Quand il regarde la dette, le FMI regarde son volume, elle pèse en Grèce 170% du PIB, c’est insupportable. Les Européens, eux, considèrent que l’important, c’est ce que représente le paiement des intérêts et du remboursement de la dette grecque. Et là, ils ont déjà pris en 2011-2012, la décision de repousser après 2020 les vraies échéances. Du coup, Athènes consacre en ce moment 4% de sa richesse (de son PIB) au paiement de sa dette. C’est moins que l’Italie, le Portugal ou l’Espagne ! Ce n’est donc pas cela qui étrangle le pays. Oui à alléger la dette, disent les Européens, mais on en reparlera après les réformes qui devraient remettre le pays sur les rails.

Le paradoxe est que l’Allemagne s’est mise dans un corner sur ce sujet … Exactement. C’est l’Allemagne qui a insisté pour que le FMI, depuis 2010, soit concerné par le dossier grec. Contre l’avis, au départ, de Nicolas Sarkozy et de la Commission européenne, qui trouvaient cela un peu humiliant. Merkel, elle, se disait : le FMI sera plus sérieux et exigeant que les Français … Résultat : aujourd’hui, le FMI veut annuler la dette et partir. Chercher l’erreur. La vérité est qu’il aurait fallu régler cela entre Européens et que si le FMI veut vraiment faire un geste, qu’il le fasse sur ce que lui doit la Grèce (dont il ne parle pas) et non pas sur ce que la Grèce doit aux contribuables européens. C’est trop facile.

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