Le changement est radical : il n'y a semble-t-il aucune limite à la dépense publique. La politique de la BCE (qui a torpillé tous ses dogmes) a mis au pas les marchés financiers, qui ne testent plus la solidité de la zone euro.

Jean Castex, Premier ministre
Jean Castex, Premier ministre © AFP / MARTIN BUREAU

Comment financer ce fameux plan de relance à 100 milliards ? C’est la question que tout le monde se pose et pas seulement sur le plan de relance, mais à propos de toutes les dépenses annoncées depuis le Covid. 

Comment se fait-il que depuis des années, une dépense de 100 millions arrache le cœur de Bercy, alors qu’en ce moment l’argent coule à flot par dizaines de milliards sans qu’il ne se passe rien ? Oui, comment est-ce possible ? Eh bien, la réponse est que c’est un miracle et que ce miracle a un nom : l’action de la Banque centrale européenne, qui permet aux États de s’endetter pour rien

La BCE, depuis dix ans, s’assoie sur ses principes, créé de la monnaie - elle jure que non mais c’est cela -, sans provoquer de catastrophe. Elle a commencé à le faire pendant la crise financière de 2008 en priant pour que cela ne relance pas l’inflation. Pari gagné, cela dure et c’est un peu comme un cadeau du Père Noël qui tomberait dans la cheminée 365 jours par an. 

Autrefois, il y a bien longtemps, les dettes publiques étaient avalées par l’inflation (on appelait ça l’euthanasie des rentiers) et les dévaluations à répétition notamment en France. Pus, ces 10 dernières années, les dettes publiques ont augmenté mais les gouvernements faisaient plus ou moins semblant d’avoir le pied sur le frein. Aujourd’hui, ils assument la dette en payant des cierges : pourvu que cela dure ! 

Les dettes stockées à la BCE seront remboursées plus tard, peut-être jamais mais il ne faut surtout pas le dire. Chut ! Mais naturellement, tout peut sauter à tout moment parce que l’épée de Damoclès au-dessus de nos têtes grossit. 

Et concrètement, alors ? 

L’essentiel du plan de 100 milliards sera financé par de la dette française – si j’ai bien écouté Jean Castex hier, il n’a pas prononcé le mot "déficit public" une seule fois. Cet essentiel, cette dette Covid, va rentrer peut-on imaginer dans un compte spécial, une sorte de structure de défaisance comme le Crédit Lyonnais en a connu autrefois. En clair, on met cela sous le tapis, et on laisse aux gouvernements futurs le soin de se… dépatouiller. Une partie (40 milliards) des 100 milliards sera financé par l’Union européenne qui va emprunter en son nom sur les marchés financiers. 

Voilà pour le plan de relance. Mais il y a aussi la dette sociale, celle des régimes sociaux. Là, le gouvernement a une autre idée, celle de prolonger la CRDS, un impôt pesant sur tous les revenus au taux de 0,5%, jusqu’en 2042 peut-être. Cet impôt devait s’arrêter en 2024. On le voit, aucune hausse d’impôt n’est, c’est vrai sur la table, mais il y a quand même (avec aussi sur la taxe d’habitation des plus aisés) des non-baisses dans les tuyaux. Et là, c’est clair le "quoi qu’il en coûte" doit être traduit en "quoi qu’il nous en coute".

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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