L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». __Le gouvernement a rouvert le débat sur la retraite à 60 ans. A-t-il raison ? Il a raison de ne pas fermer la porte. On peut en revanche se demander s’il a raison de l’ouvrir tout de suite, là maintenant. Sur le fond, chacun voit bien qu’il y a un problème. Le déficit de la sécurité sociale est de 20 milliards d’euros cette année, chacune des trois « branches », l’assurance- maladie, l’assurance- vieillesse et la famille, est dans le rouge. Mais le cas des retraites est particulier. L’aggravation du déficit de la branche maladie est due à la chute des recettes, à cause du chômage. Dans le cas des retraites, ce sont à l’inverse les dépenses qui dérapent. Le problème est structurel comme on dit, il tient à l’allongement - heureux - de la durée de la vie. Et il n’y a que trois curseurs possibles, le niveau des cotisations, celui des retraites et l’âge de celle-ci. Donc, Nicolas Sarkozy et François Fillon seraient fous de fermer la porte puisque, si on réfléchit une minute, avec la dette qui s’accumule, ce sont les actifs de demain qui financent les retraites d’aujourd’hui. Mais est-ce le bon moment ? Il y a des raisons pour penser que non. En période de hausse du chômage, proposer à ceux qui sont en place de rester plus longtemps à leur poste n’est pas forcément populaire. Repousser l’âge de la retraite alors que les entreprises considèrent comme des seniors tous ceux qui ont plus de 50 ans non plus. Enfin, en pleine crise économique, évoquer des mesures de redressement des comptes sociaux, sur l’assurance-maladie comme sur les retraites, des mesures qui peuvent « plomber » le moral des ménages, est risqué. Cela dit, les réactions indignées sont très sur-jouées. Le gouvernement ne veut pas agir à court terme, le débat ne sera vraiment ouvert qu’au printemps 2010, voire dans la prochaine présidentielle. A très court terme, il laisse au contraire la dette sociale faire boule de neige : fin 2009, le total de la dette de la sécu à la charge de nos enfants sera d’environ 120 milliards d’euros. Tout cela est du cadrage économique. Quels sont les paramètres politiques ? Il y a un vrai téléscopage de calendrier. La crise est encore là, contrairement aux contes de fées que l’on entend ici ou là. Mais Nicolas Sarkozy a envie de profiter du souffle des européennes pour passer à l’étape suivante. Le problème est que celle-ci passera forcément par la case comptes publics, très dégradés comme partout dans le monde. A côté du déficit de la sécurité sociale, il y a celui de l’Etat, peut-être 110, 120 milliards. Comme le chef de l’Etat a promis de ne pas augmenter les impôts, ce sont les dépenses qui doivent être serrées. Cela va faire mal. Or la France est un des derniers pays où la retraite est possible à 60 ans. A partir de là, deux possibilités. Considérer qu’il ne faut pas parler de l’après-crise avant la fin de la crise. Ou, au contraire, juger que la crise pousse à réformer mais dans ce cas, il faut aussi des réformes positives, pas seulement négatives. Réponse lundi prochain au congrès à Versailles. Nicolas Sarkozy parlera sans doute des retraites. Un sujet qui est comme le sparadrap du capitaine Haddock : on en a déjà parlé en 1995, en 2003-2004 et en 2007-2008, on n’arrive pas à s’en débarrasser mais pourquoi ne pas le dire, il commence à lasser.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.