Le projet de réforme des retraites sera donc présenté dans une heure. Mais on en connaît les grandes lignes (que « Les Echos » ont révélées dès hier soir). Alors, premiers commentaires ?C’est Eric Woerth, le ministre du Travail, qui s’exprimera à 8 heures 30 mais c’est évidemment pour Nicolas Sarkozy que l’enjeu de cette journée est considérable. Parce qu’il y a peu de sujets qui change la vie concrète d’autant de personnes que cette réforme : 800.000 personnes partent en retraite chaque année. Parce que les marchés vont regarder de près le projet gouvernemental (d’ailleurs Bercy a prévu un argumentaire pour les investisseurs). Mais l’enjeu est d’abord politique. Avec cette réforme, Nicolas Sarkozy veut, va tordre, le cou à une idée assez répandue, l’idée selon laquelle il ouvre beaucoup de chantiers mais sans aller jusqu’au bout, sans faire les choses plus qu’à moitié. Quoi qu’on en pense, cette réforme des retraites, est une vraie, une grosse, une lourde réforme. A tel point qu’elle restera comme un point fort du quinquennat – comme la suppression du service militaire pour Jacques Chirac et les 35 heures de Lionel Jospin. Toute la question (politique) est de savoir si les Français, en 2012, seront reconnaissants au chef de l’Etat d’avoir fait une réforme difficile ou s’ils saluent seulement celles qui font plaisir. Voilà le contexte. Que dire de la méthode et du contenu de la réforme ?Jusqu’à maintenant, le gouvernement a bien réussi puisque le PS est divisé et que les syndicats ont moyennement mobilisé – on verra la suite. Sur le fond, le projet (pour ce qu’on en sait) obéit à une logique : trouver un équilibre entre ce qui est possible pour l’opinion et ce qui est financièrement nécessaire. L’opinion retiendra qu’on a parlé d’un âge légal reporté à 63 ans, mais que c’est 62 ans qui a été retenu. Les marchés et tous ceux qui regardent les comptes, eux, sont invités à considérer que le projet organise le retour à l’équilibre des retraites, dont le déficit naturel va monter jusqu’à 45 milliards par an dans dix ans, organise ce retour à l’équilibre plus vite que prévu et plus vite que dans les autres pays qui ont fait des réformes. Avec un passage à 62 ans dès 2018, c’est aussi un compromis entre Nicolas Sarkozy (62 ans) et François Fillon (qui voulait boucher les déficits tôt). Et quelle est l’ampleur du volet recettes ?Il porte sur 4 milliards d’euros, le gros morceau est la remise en cause d’allégements de cotisations patronales pour les entreprises. Mais le taux le plus élevé du barème de l’impôt sur le revenu sera relevé (350.000 foyers concernés), la taxation des dividendes aussi, tout comme les plus-values sur actions et les retraites chapeau des grands patrons. Ces mesures nouvelles ne seront pas prises en compte dans le bouclier fiscal, autant dire qu’il est vraiment troué. Quelles sont enfin, dans le détail, les « marqueurs » à surveiller ? Il y en a trois. Les syndicats regarderont la fameuse et malheureusement impossible à résoudre question de la pénibilité ; les spécialistes des finances publiques et les marchés vérifieront si le scénario n’est pas trop optimiste (l’hypothèse de croissance, de chômage retenue) alors que les autres pays montent, eux, l’âge de la retraite à environ 65 ans ; les plus libéraux regarderont si la réforme concerne vraiment tout le monde et, notamment, ce qu’il en est (épargnés ou pas) des régimes spéciaux des entreprises publiques.

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