La Grèce a été une nouvelle hier fois le théâtre de manifestations. Du côté politique, Nicolas Sarkozy déjeunera demain à Berlin avec Angela Merkel. Objectif : trouver un compromis.

C’est cela : chercher un compromis sur une nouvelle aide sonnante et trébuchante à la Grèce, aide qui fasse participer les créanciers privés, mais sans déclencher la panique des marchés financiers, qui financent tous les jours les dettes européennes. On sait qu’il y a des négociations ultra techniques. On sait aussi qu’il y a des divergences entre Berlin (dur avec les banques) et la Banque centrale européenne ou Paris (qui craignent un effet domino à la Lehman Brothers et pensent que Berlin joue avec le feu). Mais au-delà, trois questions sont posées. La première est simple : la situation est-elle inquiétante ? Réponse : oui. "Je suis extraordinairement inquiet", confie un proche de Nicolas Sarkozy, qui n’écarte pas le scénario noir d’une reprise économique tuée dans l’œuf. Confidence faite après la baisse de la note d’Athènes lundi soir mais avant la mise sous surveillance de trois banques françaises par Moody’s hier.

La deuxième question porte sur le rôle clé de l’Allemagne. Une anecdote l’éclaire. Mardi, lors de la réunion des ministres des Finances de la zone euro à Bruxelles, l’Allemand Wolfgang Schaüble a pris ses collègues à froid en indiquant qu’aucune décision ne serait prise. Trop tôt, a-t-il expliqué. De fait, le déjeuner entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy montrera que le couple franco-allemand reste la clé de l’Europe. De fait aussi, un sommet européen est prévu jeudi prochain. Mais chacun note, depuis le début de cette crise, le rôle déterminant qu’entend jouer Berlin. Un rôle presque paradoxal quand on lit les chiffres. Le prêt de l’Allemagne à la Grèce s’élève à 22 milliards d’euros contre 18 pour la France. Une petite différence. En réalité, le soutien à la Grèce reste plus que jamais contesté chez nos voisins, à tel point qu’il arrive quelque chose d’inouï : Berlin s’oppose à et veut violer la BCE.

La troisième interrogation porte sur la France et plus particulièrement sa façon de communiquer. C’est simple : dans ce domaine, entre les deux rives du Rhin, il y a non pas un mais dix Rhin ! Depuis une semaine, ni Nicolas Sarkozy, ni François Fillon, ni Christine Lagarde (en campagne pour le FMI) n’ont dit un mot sur la Grèce, si j’en crois l’AFP. Angela Merkel, elle, s’est exprimé trois fois, dont quatre heures au Bundestag, Wolfang Schaüble quatre fois, Jean-Claude Trichet deux fois (pour la BCE). Ce grand écart n’est pas dû au hasard, c’est un calcul. Depuis le début, Paris préfère jouer en coulisses, rattraper les amis allemands par la manche quand ils sont tentés de remettre dans leur poche la main tendue à la Grèce. C’est une stratégie qui ne plait pas aux journalistes français –c’est sûr– mais qui a marché parce qu’elle a évité l’affichage des bisbilles. Est-elle encore la bonne ? On peut en douter. Il est anormal que la position française ne soit pas expliquée publiquement et clairement alors que la situation est vraiment inquiétante et que nos voisins donnent l’impression qu’ils sont aux commandes de l’Europe.

Parce que l’Europe est encore plus l’otage de la Grèce que l’inverse, Nicolas Sarkozy doit parler.

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