Ce matin : quand deux personnalités de gauche dénoncent un code du travail « obèse ».

Et elles ont, ces personnalités de gauche, raison. Ce qui est évidemment intéressant, c’est leur nom : Robert Badinter, l’ancien garde des sceaux, et Antoine Lyon-Caen, un universitaire bien connu. Ce cri fait l’objet d’un livre « Le travail et la loi » qui sort en librairie demain et Le Monde en fait sa Une dans son édition datée d’aujourd’hui. Par parenthèse, en France, quand un chef d’entreprise dénonce la lourdeur et la complexité du code du travail, on l’écoute à peine ; si c’est une conscience pourtant peu familière des questions économiques, on tend l’oreille. Etrange. Fin de la parenthèse. Que disent-ils ? Une chose simple, je les cite : le code du travail se veut protecteur et rassurant ; il est devenu obscur et inquiétant. C’est un peu enfoncer une porte ouverte mais ce sont, là, les messagers qui comptent, pas le message.

Ils illustrent eux-mêmes d’ailleurs -sans le vouloir- cette complexité.

C’est une anecdote qu’on dit en souriant. Dans le Monde, Robert Badinter et Antoine Lyon Caen regrettent que le Code du travail soit passé en quarante ans de 600 à plus de 8.000 articles. Dans leur livre, ils évoquent, pour aujourd’hui, plus de … 10.000 articles. On ne peut pas leur en vouloir : le dénombrement est difficile à faire ! On peut seulement dire que le Code compte de 2.000 à 3.000 pages. C’est un détail bien sûr. Ce qui est intéressant est que cette alarme vienne de là. Sans que je sache bien si le parallèle a un sens, c’est devient une habitude depuis trois ans : on se souvient que c’est le ministre des finances lui-même, Pierre Moscovici, qui avait dénoncé le ras le bol fiscal. Hier, le PS et les syndicats n’ont pas réagi.

Mais attention : sur le contenu ; ce n’est pas un appel libéral.

Pas du tout ; Badinter et Lyon Caen ont écrit une déclaration des droits du travail en cinquante articles résumant des grands principes. Dans les PME, ils jugent que ces articles suffiraient, avec des accords d’entreprise ou interprofessionnels pour préciser tout cela. Mais sur le fond, aucun souhait de dérèglementation. Pour eux, le CDI reste la forme normale du droit, les salariés doivent se reposer le dimanche et un licenciement doit avoir une cause réelle et sérieuse. C’est donc un toilettage dont on parle, pas d’une évolution du droit. Aucune question par exemple sur le fait que si les CDD et l’intérim ont pris une place si importante dans la réalité, c’est bien qu’il y a un problème de contrat de travail.

Cela sert le gouvernement cette opération ?

Après l’été, il attend un rapport pour définir l’ordre public social, ce qui relève de la loi et d’accords. Je ne pense pas que François Hollande veuille ouvrir ce chantier. Mais les partisans du statu quo auront plus de mal à s’essuyer les pieds sur les idées de Robert Badinter que sur celles des représentants des entreprises ou d’Emmanuel Macron.

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