La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s’est engagée hier à supprimer le tirage au sort pour l’entrée à l’université. A-t-elle raison ?

Le tirage au sort à l'Université est-il une bonne ou une mauvaise idée ?
Le tirage au sort à l'Université est-il une bonne ou une mauvaise idée ? © AFP / THOMAS FREY / DPA

Elle a raison et elle a tort. Raison parce le tirage au sort, qui concernait 169 filières après la première vague d’affectation des étudiants d’il y a une semaine -le double de l’an dernier- est un mécanisme totalement injuste, de bricolage, un aveu d’échec. Si le gouvernement a reculé sur la 1ère année de médecine en Ile-de-France, les études de sport, peut-être de droit, de psychologie, d’autres encore, restent touchées. Cela veut dire que des étudiants vont commencer un parcours qu’ils ne finiront pas, tandis que d’autres sont écartés alors qu’ils pourraient réussir. Absurde, évidemment absurde. Mais la ministre a tort parce que ce tirage au sort a un avantage : il montre à la France entière, justement, l’absurdité d’un système où le Bac ouvre un droit à entrer à l’université et la filière de son choix, mais où les deux tiers des étudiants seront en échec, n’iront pas au bout de la licence parce qu’ils se sont trompés ou n’ont pas le niveau requis. Et où faute de pré-requis, de sélection, de moyens, se met en place un indigne tirage au sort.

Mais en quoi est-ce un sujet économique ?

De trois manières. La première est que je demande qu’on imagine l’ampleur du scandale si le secteur privé, les entreprises, utilisaient ces méthodes. Les augmentations individuelles de salaire ? On ne choisit pas, tirage au sort. Des licenciements en cas de difficultés ? Pas de critères familiaux, d’âge, de compétences : tirage au sort. Les promotions de carrières ? Tirage au sort. Notre tolérance collective en ce qui concerne le secteur public est surprenante. Deuxième aspect : L’Université a besoin de davantage de budgets quand le nombre d’étudiants augmente pour des raisons démographiques comme c’est le cas aujourd’hui. Mais comment le justifier auprès des Français quand le système éducatif n’est pas capable d’indiquer aux futurs bacheliers puis aux étudiants les filières qui mèneront aux emplois ? Dernier élément : le système du tirage au sort ridiculise les universités et renforce toujours, par comparaison, le système des grandes écoles très chères qui, lui, est hyper sélectif et ne peut convenir à tout le monde. Si l’absurdité actuelle pouvait conduire à une prise de conscience et quelques réformes courageuses, ce ne serait pas plus mal.

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