C’est l’angle de politique intérieure qui est le plus évoqué depuis hier, depuis cette stupéfiante nouvelle, ce « SofitelGate ». Mais il y a d’autres volets.

Le premier, c’est idiot de le rappeler, concerne l’image de la France. C’est la première fois depuis 1944 qu’un patron du FMI est plongé dans ce type d’affaire –quitte, par exemple, un commissariat menotté, comme cela a été le cas cette nuit. Cela se passe au moment où les Français ont beaucoup de fauteuils clés à l’international, mais où cette période se termine. Le souvenir laissé est donc important. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, termine son mandat fin octobre –sous des fleurs, lui. Pascal Lamy dirige l’Organisation mondiale du commerce à Genève. Et le mandat de DSK court –à l’heure où je parle- en 2012. Sa démission supposée cet été posait déjà un problème en pleine crise européenne. Là, le sentiment d’un immense gâchis –au fond assez triste.

Les premiers effets « lourds » concernent le Fonds monétaire international…. Si Dominique Strauss-Kahn reste à son poste (douteux), quelle que soit la vérité, son autorité sur ses troupes, sur ses interlocuteurs, sera affaiblie. Il n’était pas à Berlin hier pour parler avec Angela Merkel. Il ne sera pas ce soir à Bruxelles pour la réunion des ministres de finances européens, qui doit entériner le plan d’aide au Portugal. Aide dont le FMI doit prendre un tiers à sa charge. Et puis, il y a la question immédiate de la gestion. Hier, un conseil d’administration extraordinaire a confié l’intérim au numéro deux du FMI, John Lipsky, un économiste américain, compétent, solide mais qui n’a pas la carrure de Dominique Strauss-Kahn. La conséquence de tout cela est que si ce dernier doit démissionner ou être débarqué, ce ne sera pas un Européen qui le remplacera. C’était déjà probable, on disait que le tour était venu d’un représentant d’un pays émergent. Mais ce n’était pas certain, une rumeur susurrait même le nom de Christine Lagarde. Là, les Américains et les autres ne feraient pas de fleur.

Qu’est ce que cela peut changer pour les dossiers très concrets comme la Grèce ? Au-delà de la Grèce, un FMI fragilisé, ce n’est pas bon. S’il doit consacrer du temps à la préparation d’un procès, Dominique Strauss-Kahn n’aura plus la tête aux affaires internationales ou françaises. S’il doit démissionner, l’Europe perdra un avocat précieux à un moment clé. Il faut savoir que depuis qu’il est arrivé à Washington, le FMI a prêté ou s’apprête à prêter 74 milliards d’euros à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal. Un tiers de ses engagements dans le monde, auxquels on peut ajouter 30 milliards pour la Hongrie, la Pologne ou la Lettonie. Bref, l’Europe a été bien servie. Certains autres continents trouvent qu’elle l’a été beaucoup trop bien. Les critiques vont avoir plus d’échos.

En France, enfin, quelle conséquence ? En politique intérieure, une mauvaise nouvelle pour le PS, une fausse bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy (qui va voir fleurir les candidatures centristes), une bonne nouvelle pour Marine Le Pen. En économie, avec la sortie de DSK de la course, le projet porté par le PS sera plus à gauche. L’enjeu ne sera donc pas seulement une alternance, mais une alternative. Certains s’en réjouiront, d’autres s’en inquiéteront.

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