Un nouveau quinquennat qui débute, c’est le moment des promesses et des écueils à éviter … y compris pour les journalistes ?

La journée d’hier a été très protocolaire et il n’y a pas encore - et c’est normal - de décisions à commenter. Hier, le seul propos économique marquant de la rencontre du couple MerkHollande ou Homer (on verra quelle expression gagne) a été la fermeté du président français (très à l’aise pour une première mais peu diplomatique) sur la révision du Traité budgétaire. Eh bien, cette phase d’entre-deux est peut-être l’occasion de se dire (allez, une fois tous les 5 ans) que les journalistes (nous) avons aussi des écueils à éviter dans ces périodes très politiques. Inventaire des points d’attention qui engagent un journaliste économique !

Premier écueil : confondre ce qui fait du bruit et ce qui compte vraiment ?

Oui. Le risque existe pour nous de regarder, pour prendre une autre image, le doigt et pas la lune qui est derrière. A l’été 2007, tout le monde était obnubilé par le paquet fiscal ; on ne regardait pas assez les premiers craquements qui ont conduit à la gravissime crise financière un an plus tard. Ces jours-ci, nous phosphorons sur le match croissance - austérité, mais le vrai sujet va rester l’avenir de la Grèce - dans l’euro ou pas. Trois projets autoroutiers autour d’Athènes n’y changeront rien. Autre exemple, la relation franco-allemande nous passionne. Mais, attention, l’Allemagne se passionne en ce moment pour le couple économique géant qu’elle forme avec la Chine - comme l’a souligné hier ma consoeur Sylvie Kaufmann dans un bel article du Monde. Méfions de nos yeux et de nos oreilles !

Deuxième écueil : ne pas voir ce qui fait trop peu de bruit !

En économie, certaines informations font plus de bruit que d’autres : la croissance, le chômage, les déficits. D’autres passent inaperçus, ils ne sont pas « sexy ». Exemple d’un chiffre qui aura du mal à franchir la grande porte médiatique : selon l’Insee hier, le taux de marge des entreprises est au plus bas depuis 25 ans, ce qui les empêche dramatiquement d’investir. Mais nous ne voyons que les résultats du CAC 40. Plus généralement, dans un pays si politique, l’attention portée à la politique économique l’emporte sur la micro-économie. Quand la Mégane est fabriquée en France avec les même coûts que les BMW fabriqués en Allemagne, c’est concret, pas besoin de grand discours !

Troisième et dernier écueil : ne pas oublier d’où l’on parle ?

Disons que chaque journaliste est un peu prisonnier de sa spécialité. Les journalistes politiques sont plus sensibles à ce qui est dit, aux mots, aux intentions des acteurs que parfois (parfois) aux faits ; les journalistes économiques comme moi nous attachons parfois aux grandes données abstraites, pas toujours aux situations concrètes de ceux qui les vivent ; les journalistes sociaux voient les fractures sociales, pas les factures. Et nous sommes tous des commentateurs, pas des acteurs, ce qui est moins risqué - et ce qu’on ne devrait pas perdre de vous. Voilà ce qu’il ne faut pas oublier et l’exercice d’humilité ; pour faire mieux, l’engagement, c’était maintenant !

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