Cet après-midi, seconde conférence de presse de François Hollande. Mais ce matin, vous posez une question : la droite n’en fait-elle pas trop contre la politique économique actuelle ?

Oui, elle en fait trop. Car est-elle la mieux placée pour asséner des critiques ? Si Nicolas Sarkozy était encore à l’Elysée, la situation serait-elle meilleure ? Bien sûr, on peut s’interroger - et on le fait souvent ici - sur les choix de François Hollande, et ses mauvais résultats, sur la croissance, le chômage ou les comptes publics. On s’irrite aussi de cette méthode Coué pour répéter sans cesse que le pire est passé. Mais il y a de l’excès quand Jean-François Copé dénonce la responsabilité personnelle du chef de l’Etat. Veut-il le traduire devant le tribunal de l’Histoire voire la Cour pénale internationale ? Excès aussi quand des ex-ministres mettent en cause la compétence intellectuelle des actuels.

Excès, vous voulez dire notamment une mémoire défaillante ?

Exactement. Pendant sa première année, Nicolas Sarkozy ne s’était pas montré rigoureux sur les comptes publics. Il répétait à ceux qui lui parlaient des déficits, j’en suis le témoin : vous m’enn … uyez avec cela ! En juillet 2007, il était allé dire à Bruxelles qu’il ne respecterait pas les objectifs de déficit. Si on saute quelques années, la TVA sociale pour baisser le coût du travail n'a été votée que deux mois avant la présidentielle de 2012. Entre les deux, bien sûr, il y a une grosse récession, mais sur le plan strictement de la conjoncture, la France est en croissance zéro depuis le début 2011 – pas depuis mai 2012.

Ce que vous nous dites, c'est que l’opposition est peu crédible…

Attention, la droite a engagé des réformes difficiles (retraites, service minimum, un sur deux dans la fonction publique). Mais plus elle noircit la situation actuelle, plus elle dit en creux le gris de son bilan ! Et puis, les propositions de la droite qui sonnent étrangement : supprimer les 35 heures, instituer la dégressivité sur les allocations chômage, tailler dans les dépenses publiques. Un an après, chacun a encore en tête ce qui a été fait ou pas !

Pourquoi un ton si dur, alors ?

La droite se venge avec intérêts de tout ce qu’elle a enduré – à ses yeux – pendant cinq ans. Avec une grosse mauvaise foi, la gauche ne lui a rien passé, elle a jugé la relance insuffisante pendant la crise, puis a dénoncé l'excès de dettes après la crise (ce qui est contradictoire), elle a dénoncé la réforme des retraites qu'elle va durcir aujourd’hui. Le renvoi d’ascenseur n’est pas « joli joli » mais humain. Enfin, forcément, la crise fait plus mal la sixième année que la deuxième, donc la droite joue sur du velours.

Vous voulez terminer avec un chiffre.

Le PIB recule. Mais la population augmente. Cela veut dire que ce qui compte, c'est la croissance par habitant, pas la croissance tout court. Eh bien, aujourd´hui, la France produit, par habitant, 3% de richesse en moins qu’en 2007. 50 jours de création de richesse ont disparu. Nous nous sommes appauvris, payant vingt ans de désindustrialisation. Voilà droite et gauche dos à dos.

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