L’économie a créé 24.000 emplois dans le secteur privé au premier trimestre, a annoncé l’Insee. C’est une bonne nouvelle ?

Ecoutez, c’est une bonne nouvelle qui en cache une moins bonne, mais on va commencer par la bonne. C’est le quatrième trimestre consécutif de créations nettes d’emplois et, depuis un an, plus de 100.000 emplois nouveaux sont apparus. Le « ça va mieux » n’est donc pas complètement farfelu. C’est la conséquence d’un ensemble de facteurs. Extérieurs : la baisse de l’euro et du prix du pétrole ; intérieurs : le virage de politique économique, avec un soutien aux entreprises. Tout va bien, donc ? Non parce que le problème majeur est que ces créations et la croissance actuelle ne suffisent pas -et ne suffiront pas- à faire reculer profondément le chômage. Il ne faut en effet jamais oublier le facteur démographique. La population allemande est à peine plus élevée aujourd’hui qu’en 2002 alors que la population française, elle, a grimpé de 4,5 millions de personnes sur la même période. Cela veut dire que nous avons besoin d’une croissance supérieure à celle de l’Allemagne ou d’un fonctionnement différent du marché du travail pour répondre à cette particularité. Mais oui, retenons que la job machine se remet doucement en marche.

Et la moins bonne nouvelle ?

La moins bonne, c’est si on prend une paire de jumelles et qu’on prend un peu de distance ou de hauteur. En France, aujourd’hui, selon les chiffres publiés vendredi, il y a précisément 15,9 millions d’emplois salariés dans le secteur marchand, on parle des entreprises. Ce chiffre ne vous dit rien ? Il devrait : c’est le même qu’il y a quinze ans, à quelques milliers près. Nous n’avons pas créé d’emplois privés depuis quinze ans alors que, je le disais, la population a galopé. La courbe de l’emploi privé a monté, elle a descendu, elle remonte un peu, mais au total, c’est morne plaine et plat pays. L’industrie a même perdu un quart de ses effectifs. Alors, ces habitants en plus, qui ne travaillent pas dans les entreprises, que font-ils ? Eh bien, ils sont retraités, chômeurs ou fonctionnaires. On parle beaucoup des types d’emplois, CDI, CDD, précaires, stables, qui existent. Mais il faut regarder plus largement les tendances lourdes. Va-t-on se résigner à ce que continue ce recul relatif de l’emploi privé dans notre pays ?

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