L’édito éco de Dominique Seux du journal « Les Echos ». _____ Le climat social se tend nettement. On le voit avec ce qui s’est passé dans des entreprises comme Sony ou Continental et avec la mobilisation nationale prévue jeudi. Mais il ne faut s’y tromper : ces conflits locaux, dans des entreprises qui ferment ou se restructurent, sont plus nouveaux et symptomatiques de la crise que la grande mobilisation de jeudi à laquelle appellent les syndicats. Le recul de l’activité économique - on parle maintenant d’une récession de l’ordre de 2% au moins - va hélas provoquer d’autres suppressions d’emplois, dans l’industrie, dans les services. Et c’est dur pour les salariés qui ne sont en rien responsables, qui se révoltent, et qui en viennent à des attitudes inhabituelles et extrêmes dans certains cas. Comme la séquestration du patron pendant une nuit chez Sony à Pontonx-sur-Adour, ou les jets d’œufs sur celui de Continental à Clairoix. Des histoires comme ça, il y en aura d’autres. Dans ces affaires - mais d’une manière plus générale depuis le début de cette crise - il y a quelque chose, disons-le, qui surprend. On entend les syndicats. On entend des ministres, qui dénoncent les entreprises, qui cherchent parfois à peu de frais à mettre l’opinion de leur côté en dénonçant les patrons. Mais on n’entend pas assez, je crois, les chefs d’entreprise. Pourquoi devraient-ils plus s’exprimer ? Parce qu’ils sont eux aussi, pour l’immense majorité d’entre eux, des victimes de cette crise. S’ils ne disent quels effets elle a sur leurs carnets de commandes, sur leur trésorerie, sur leurs investissements, personne ne le dira à leur place. S’ils ne racontent pas leur impuissance mais aussi comment ils se battent, personne ne le fera à leur place. Et l’opinion ne gardera en tête que les résultats du CAC 40, qui sont éloignés, très éloignés, de ce qui se passe dans les dizaines de milliers de petites ou de moyennes entreprises parce que leur activité - et tant mieux - est diversifiée et mondiale. Il faut avoir une donnée en tête : en France, environ 1,5 million d’entreprises comptent au moins un salarié, mais il n’y en a pas 2.000 qui en emploient plus de 500. C’est peu. Et c’est pourtant, la plupart du temps, celles-là qui forgent l’opinion des Français sur l’entreprise. Vous me direz : les organisations patronales sont là pour ça ? C’est vrai, mais rien ne remplace la parole des acteurs. Donc, les chefs d’entreprise devraient faire davantage entendre leur voix, sinon, ils seront nombreux à être assimilés, dans l’immense majorité à tort, à des sans cœurs, à des gens qui profitent de la crise pour licencier pour faire tourner, comme dit François Chérèque, de la CFDT, la planche à licenciements. Une maxime juridique dit : nécessité fait loi ! Eh bien là, patrons, ne vous taisez pas, parlez où vous voulez, notamment à la radio, mais parlez ! Que doit faire le gouvernement face aux manifestants de jeudi ? Les écouter oui, répondre, peut-être mais comment ? Nicolas Sarkozy ne va pas faire un plan tous les huit jours, on en est déjà au 4ème. Dans « Les Echos » ce matin, Henri Guaino, un de ses proches conseillers, n’exclut pas d’autres mesures à un moment donné si nécessaire. Mais il suggère surtout « d’éviter la fuite en avant, les changements de cap incessants ». Et il reste ferme sur la nécessité de se concentrer au maximum sur l’investissement. On devine en filigrane qu’il voudrait aller plus loin et qu’il rêve de la Reconstruction que la France a connue après 1945. Comme grands projets, il mentionne le Grand Paris, l’innovation et la croissance verte. Voilà un beau sujet de débat.

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