**Les ministres des finances de la zone euro ont avancé hier soir sur le plan d’aide à la Grèce. Oui, c’est une étape importante - même si le dispositif précis n’a pas été dévoilé -, certains pays refusant de le rendre public. C’est une étape dont il ne faut pas sous-estimer la portée : des Européens sont prêts à mettre sur la table 20, peut-être 30 milliards d’euros à un autre Etat en difficulté. C’est une étape mais il ne faut pas se voiler la face : c’est peut-être en ce moment l’arbre qui cache la forêt. Car ce qui frappe, c’est que pendant que les gouvernements discutent, ils ne se rendent pas compte que leurs désaccords affichés, leurs négociations, leurs allers et retours, provoquent des tensions, des montées d’adrénaline entre les opinions publiques européennes. Cela a commencé entre l’Allemagne et la Grèce, les Allemands refusant de payer pour ce qu’ils considèrent comme une bande de pieds nickelés pas sérieux – Grecs, Portugais, Espagnols. On a retenu l’idée de vente des îles grecques, mais des mots très durs ont été utilisés, qui renvoyaient aux années 1940. Des deux côtés, la presse a été très dure. Et un nouveau sujet de friction est arrivé hier. Relance Nicolas : Cette fois par la voix de la France… Celle de Christine Lagarde, notre ministre de l’économie – sans doute à son corps défendant. Dans une interview au « Financial Times », elle s’en est prise à la stratégie économique allemande depuis dix ans, qui est de serrer les coûts, les salaires, d’être toujours plus compétitifs, et d’avoir des excédents commerciaux gigantesques. Tandis que les autres pays ont des déficits et ne vendent rien aux Allemands qui ne consomment pas beaucoup. Le mot d’égoïsme n’a pas été prononcé, mais c’était ça. « Cela ne pourra pas durer », a dit la ministre, qui demande à l’Allemagne de faire un effort. En réalité, Christine Lagarde ne voulait pas faire passer un message particulier, mais le titre du « FT » - « La mise en garde de Lagarde à Berlin » - a fait le tour d’Europe. Si les Espagnols ont approuvé, les Allemands ont réagi sèchement, politiques et presse confondus. En disant haut : si on nous achète nos produits, c’est que nous sommes les meilleurs. Et nous, nous n’exportons pas des produits dérivés ou spéculatifs comme les Anglais. Et en pensant tout bas : ce n’est pas aux Français de nous faire la leçon. C’est la guerre des modèles économiques ?C’est vrai que sur le fond, la divergence des politiques économiques pose un vrai problème. D’un côté, l’Allemagne a une politique de l’offre, muscler ses entreprises. De l’autre côté, la plupart des autres pays ont choisi une politique de la demande, pour conforter le pouvoir d’achat. Il y a donc une vraie divergence problématique. Mais le point essentiel est ailleurs. C’est une véritable erreur, actuellement, de pointer du doigt, de se faire des reproches les uns aux autres. Ce n’est le moment ni d’exacerber les tensions entre les opinions publiques ; ni de se tromper de priorité. La priorité est de montrer aux Européens que la zone euro peut surmonter ses difficultés, coopérer, convaincre, remporter des batailles, et non pas se lancer dans des bisbilles chaque semaine. La priorité devrait être d’éviter d’attiser les tensions.**

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