Lundi soir à la télévision, Carlos Ghosn avait voulu clore l’affaire des faux-espions de Renault. Hier, le gouvernement a répondu que, non, le sujet n’était pas clos. Alors, fini ou pas fini ?

Pas fini, parce que je trouve que l’on assiste depuis 48 heures à un festival d’hypocrisie dans cette rocambolesque affaire. Nous avons un patron d’entreprise qui se trompe, s’excuse, mais n’en tire pratiquement aucune conséquence. Nous avons deux ministres, François Baroin et Eric besson, qui disent "scrogneugneu", mais dont les représentants au conseil d’administration de Renault soutiennent comme un seul homme Carlos Ghosn. C’est contradictoire ! Sur le fond, la question n’est pas celle du départ du patron de Renault-Nissan. Quels que soient les dommages causés aux trois accusés à tort, cette sanction aurait été disproportionnée. Le patron de Toyota, entreprise qui a dû rappeler 19 millions de voitures pour défauts en un an, est toujours là. Carlos Ghosn est un des dirigeants de l’automobile les plus emblématiques au monde. En ce moment, le japonais Nissan a enfin besoin de stabilité.

Où est alors le problème ? Il y en a deux.

Un : comment la direction de Renault pourra-t-elle demander des efforts aux salariés de l’entreprise si elle ne tire pas de conséquence pour elle même de ses erreurs ? Quelle crédibilité aura-t-elle pour le faire ?

Deux : cette affaire révèle une coupure entre le top management de l’entreprise et les troupes, sur tout ce qui concerne les ressources humaines. Carlos Ghosn aurait pu, aurait sans doute dû, envoyer un signal plus clair de "contrition" qui aurait permis de repartir à zéro en faisant la preuve de l’exemplarité de ses élites.

Comment, concrètement ? Il ne s’agit pas de rentrer dans une chasse à l’homme aussi déplacée que l’a été le licenciement sans preuve des trois salariés. En revanche, la responsabilité a un prix. Le patron du groupe Renault- Nissan est un des mieux payés au monde dans son secteur : presque 8 millions d’euros l’an dernier. Il a renoncé lundi soir à un bonus de 1,6 million d’euros. L’ampleur de ce renoncement fait sourire, y compris dans l’entreprise. Bref, Carlos Ghosn aurait pu être plus ambitieux dans son mea culpa financier.

Ce faux-épilogue intervient à un moment où l’entreprise Renault suscite des interrogations. Le groupe mondial –et c’est une chance d’avoir un groupe mondial- est de plus en plus porté par Nissan, avec des ventes passées en dix ans de 2,8 à plus de 4 millions de véhicules. Côté Renault, les chiffres sont les mêmes qu’il y a dix ans, autour de 2,6 millions, et encore à condition d’intégrer Dacia. Renault rattrape Carlos Ghosn en France au moment où il a la tête de plus en plus hors de France.

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