Ce matin, une question simple : le pessimisme nourrit-il les succès du Front National ?

C’est une question fort intéressante -avec une réponse qui l’est aussi- que pose dans les colonnes des Echos ce matin Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Il explique que (je cite) le misérabilisme alimente le pessimisme et le Front National. Et ajoute : nous devons faire attention à ne pas nourrir la désespérance sociale en affirmant que tout va mal partout (fin de citation). Cette déclaration est doublement à relever. Un : elle vient d’un leader syndical. Dire qu’il faut arrêter de tout voir en noir n’est pas évident pour lui. Il va en prendre plein la figure. On va entendre : Berger est aveugle à la souffrance sociale, c’est Bisounours. Concrètement, par exemple, il affirme qu’il faut arrêter de dire matin midi et soir que la France vit dans l’austérité. Cela n’est pas vrai, les minima sociaux augmentent, les salaires ne baissent pas. Rigueur, pas austérité. Rien à voir avec ce qui se passe ailleurs. Autre exemple, il se félicite des accords sociaux signés chez Renault ou PSA. Le social bouge et marche. Bref, voir les trains qui arrivent à l’heure est rare, surtout pour un syndicaliste. Second point intéressant : son analyse est probablement pertinente. Affirmer tout le temps que tout va mal accentue le ressentiment, la colère, et surtout l’idée qu’aucune solution n’est possible dans le cadre du système politique et social actuel. Au fond c’est dire que tout a raté depuis des décennies. Et donc qu’il n’y a des solutions qu’en sortant du cadre, qu’en allant chercher ailleurs.

C’est chercher à voir du rose, n’est-ce pas nier la réalité ?

Il ne colore pas tout en rose, il dit attention à ne pas tout noircir. Le propre de la démagogie, celle parfois du PS et de l’UMP, mais celle exacerbée du FN, c’est de faire croire à l’ensemble des Français que la France est dans une situation épouvantable, y compris à ceux pour qui les choses -finalement- vont plutôt pas mal et même bien. Oui, le chômage est élevé, la croissance faible et des usines ferment. Oui des réformes sont impérieuses et urgentes -et il y a débat sur ces réformes, libérales ou pas. Mais la France est le pays où le risque de pauvreté a reculé ces dernières années (selon Eurostat). Où les investissements étrangers repartent à la hausse (ce sera publié ce matin). Où il y a une discussion sur l’organisation de la médecine, mais où les Français bénéficient d’un système de santé haut de gamme (selon l’ONU). Où la qualité de la vie est élevée pour beaucoup de Français. Laurent Berger a raison : le misérabilisme exagéré est dangereux ; c’est courageux de le dire et on aimerait que le patronat lui aussi dise des choses comme cela de temps en temps : tout n’est pas pourri en France.

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