Emmanuel Macron se déplace aujourd’hui à Berlin pour rencontrer Angela Merkel, comme l’avait fait François Fillon en janvier. Est-ce normal ?

Oui, c’est normal. Bien sûr, leur objectif est de se présidentialiser : visiter notre premier partenaire devant les caméras, c’est revêtir quelques minutes les habits d’un chef d’État qui parle aux grands du monde. Mais il n’y a que les populistes de droite et de gauche qui peuvent répéter, comme ils le font, qu’aller voir la chancelière, c’est aller faire des courbettes et prêter allégeance à l’Allemagne. Il est logique que des candidats aillent à Berlin pour entendre Merkel et lui dire un certain nombre de choses. L’Allemagne est le pays le plus peuplé d’Europe (83 millions d’habitants) et le plus puissant économiquement – un produit intérieur brut de 3.100 milliards d’euros, contre 2.222 pour la France (c’est facile à retenir). Il est logique d’aller voir sur place comment notre voisin a consolidé en quelques années cette place de numéro un, à tel point qu’Obama y a fait et sa première visite en Europe (en 2008) et sa dernière (en 2016). Par contraste, il est vexant que Merkel ne considère pas que Paris soit pour elle une étape clé en campagne électorale.

C’est donc normal, mais ce n’est pas sans risques non plus.

Les candidats les plus -disons- classiques donnent sans y penser des arguments aux populistes. Quand Macron explique que la France doit faire des réformes pour que Berlin soit plus souple en matière économique, il fait croire à une subordination. Si la France a des réformes à faire, c’est d’abord pour elle-même ! Quand François Fillon n’évoque pas, dans son projet, les torts d’une Allemagne qui ne soutient pas assez sa demande intérieure et fragilise ses voisins avec des excédents commerciaux inédits dans l’Histoire, il rate quelque chose. Mais l’idée que l’Allemagne imposerait tout ne résiste pas aux faits. Car elle a avalé beaucoup de couleuvres depuis dix ans. Une politique monétaire ultra-laxiste. Deux sauvetages de la Grèce. Une union bancaire. Des aides à l’Irlande et au Portugal. La fin, depuis 2013, de la norme d’un déficit public à 3 % du PIB. Du coup, menacer Berlin avec un ton de Matamore d’un bras de fer viril est facile sur les estrades, mais cela est ou ridicule ou inefficace. Aller voir Merkel ou son successeur (qui aura sans doute la même politique) pour réfléchir et construire est bien plus utile.

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