En temps de virus, cette balance bénéfice-risque est bien plus lourde. En France, le gouvernement doit choisir une nouvelle fois entre les risques sanitaires et sociéto-économiques. En Europe, la décision de suspendre le vaccin AstraZeneca est-elle une interprétation maximiliste du principe de précaution ?

Vaccin Astra Zeneca
Vaccin Astra Zeneca © Getty / KONTROLAB

Depuis un an, beaucoup de décisions ont été prises en pesant avantages et inconvénients, bénéfices et risques. Ne pas confiner au printemps et à l’automne 2020, et c’étaient des centaines de milliers de morts. Mais en face, confiner a causé beaucoup de dégâts. 

Aider l’économie avec le quoi qu’il en coûte, c’est indispensable. Mais en face il y a inévitablement des abus et des fraudes. 

Bref, mettre le curseur au bon endroit est encore plus difficile avec le Covid parce que l’urgence et les inconnues compliquent les choses. 

Ces jours-ci, deux sujets doivent être tranchés. 

Le 1er, c’est le reconfinement, refusé fin janvier, mais que les soignants réclament en urgence notamment pour l’Ile-de-France. Le choix macronien a été salué, mais la marée des hospitalisations monte. Dans son avis du 11 mars, le conseil scientifique écrit noir sur blanc (je cite) : "Une certaine indifférence aux décès s’installe". Pour lui, le nombre de morts risque d’être à la fin plus lourd que celui de la première vague. 

Mais voilà, l’Ile-de-France, c’est aussi 30% du PIB national et un confinement difficile à vivre. Terrible arbitrage à faire.

Et il y en a un second choix à faire

Le vaccin AstraZeneca a donc été suspendu par précaution en attendant un avis européen. Là encore, la question du bénéfice-risque est posée. 

Mais avec un vaccin est-ce la même chose que la comparaison entre les 700 milliards de kms annuels roulés en voiture par les Français qui causent hélas 4.000 morts ? 

Mathématiquement, oui. On parle de quelques cas de thromboses encore douteux face à des millions de personnes vaccinées sans problème : le bénéfice collectif est quoi qu’il en soit énorme. Individuellement aussi, le risque thomboembolique restera quoi qu’il en soit infime, bien inférieur au risque d’être gravement malade du Covid. 

C'est une exigence éthique et sanitaire, chaque cas individuel doit être regardé, bien sûr, dans le détail, médicalement, mais l'enjeu est considérable. 

Il parait impossible que le vaccin soit purement et simplement exclu : 11 millions de Britanniques l'ont reçu sans dommage évoqué et plus de 300 personnes meurent chaque jour du virus. 

L'Agence européenne des médicaments (EMA) ajustera-t-elle de façon limitée ses indications et ses critères d'administration ? C'est possible si un lien était établi entre des cas rares d'effets secondaires forts et le vaccin.

Le bilan de ces jours-ci est un problème potentiel : même si le AstraZeneca (comme on l’espère) est blanchi, le risque est que tout le monde exige et attende un autre vaccin, et dans ce cas l’immunité collective et la sortie de crise s’éloigneront de quelques mois. Triste perspective. 

Au total et pour conclure, l’incroyable ironie est que c’est un vaccin classique qui trouble tandis que les vaccins révolutionnaires à ARN rassurent.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter