**Barack Obama est arrivé en Chine pour sa première visite officielle dans ce pays… Quels en sont les enjeux?Les images de ce séjour vont donner l’impression que le couple que forment la Chine et les Etats-Unis est décidément celui qui, grâce à sa puissance, va diriger le monde : c’est le fameux « G2 » ou la ChinAmérique. En réalité, c’est plus compliqué, non pas sur la puissance, mais sur l’idée même de couple. Car à l’heure actuelle, Barack Obama vient en demandeur. Il est là pour courtiser la nouvelle puissance chinoise, dont l’économie pourrait dépasser celle du Japon l’an prochain. Une économie qui tourne à 8% de croissance quand les Etats-Unis sont à 2%. Le dynamisme est à Pékin, devenu par exemple le premier marché automobile au monde, pas à New York. Ce n’est pas tout. Barack Obama vient pour obtenir moins d’agressivité de la Chine à l’exportation et pour qu’elle continue de financer les déficits américains. Dans la mesure où elle détient déjà pour 2.300 milliards de dollars de réserves, c’est comme si le président américain venait voir son banquier. Du coup, il a gommé de ces discours toute allusion aux droits de l’homme. Et les Chinois ?Ils sont ravis de ce ton concilant, mais ils ne cèdent rien sur les taux de change, sur le climat avant la négociation de Copenhague, sur le soutien à la Corée du Nord et à l’Iran. Bref, derrière les sourires et les bouquets de fleurs, il y a des vraies tensions. Donc, pas de couple ?Si, mais un couple qui doit retrouver un nouveau mode de vie économique. Pendant une dizaine d’années, ce couple a fonctionné de manière extrêmement simple. Les chinois exportaient aux Etats-Unis des biens de grande consommation, comme des téléviseurs, que les Américains achetaient grâce à des crédits financés par les épargnants chinois. Trop de consommation d’un côté, trop d’épargne de l’autre : c’est schématique, mais ce n’est pas si faux. Que faudrait-il ? Il faudrait : 1/ que les Chinois consomment plus et 2/ que les Américains épargnent plus. Le problème, c’est que le gouvernement chinois n’y arrive pas, que les réformes de la sécurité sociale, du crédit, sont difficiles et que, surtout, le rééquilibrage de son modèle économique est risqué sur le plan politique. Si le moteur des exportations se met à tourner moins vite, la croissance va ralentir ; or la seule légitimité du régime, c’est qu’il assure aux classes moyennes une progression de leurs revenus. Si ce ciment se fissure un peu, le pouvoir devra en trouver d’autres comme le nationalisme et personne n’en a envie. Voilà aussi pourquoi Obama « drague » les Chinois. Et l’Europe dans tout ça ?Elle est spectatrice, au moins sur un point, le taux de change. Depuis 18 mois, la Chine a décidé d’arrimer son yuan au dollar pour ne pas subir un renchérissement de ses productions sur les marchés mondiaux. Chaque matin, Pékin fixe arbitrairement le taux de change de sa monnaie. Cela rend fous les autres pays qui assistent à la dépréciation du dollar et du yuan. Cela complique, dans un cas, la vie par exemple d’Airbus, et dans l’autre, rend le « made in China » encore plus compétitif. Au détriment, tout çà, du Japon et de l’Europe. Le seul atout de l’Europe est que les Chinois ne sont pas ravis de voir leurs avoirs en dollars se déprécier. Là où l’Europe politique a du mal à s’exprimer d’une seule voix, il y a, pour la monnaie euro, une opportunité à saisir comme alternative au dollar.**

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