Les Echos vont décerner ce soir leur Grand Prix de l’économie 2011 à Michel Pébereau, président de BNP-Paribas. Pourquoi lui ?

En 2010, le lauréat avait été Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances. Cette année, c’est donc Michel Pébereau, 69 ans, qui va quitter la présidence de BNP. Alors que les banques n’ont pas la cote, ce prix est un hommage assumé à un banquier, même si cela paraît une provocation. Arrivé à la tête de la Banque nationale de Paris il y a pas loin de vingt ans, il en a fait une des grandes banques mondiales, numéro un de la zone euro pour les dépôts. Michel Pébereau a réalisé plusieurs très belles opérations, la reprise de Paribas, de BNL en Italie et de Fortis en Belgique. C’est aussi un banquier qui a fait en sorte que son établissement maîtrise ses risques - le cœur du métier - , en clair ne mette pas les doigts dans la confiture des sub-primes. Ce n’est pas si fréquent en Europe.

La BNP est bien sûr très connue, lui assez peu, pourquoi ?

C’est un mystère. Ce n’est pas un patron flamboyant, c’est un austère qui se « marre » peu (selon la formule) et dont la seule lubie connue sont les livres de science fiction auxquels il consacre une chronique dans le Journal du dimanche. Extraterrestres et astéroïdes, çà surprend ! En fait, c’est d’abord un surdoué, X- énarque, ex-haut fonctionnaire doté d’une rare capacité d’analyse. Encore plus au fond, la clé de Michel Pébereau, au-delà de son sérieux qui fait qu’il a tiré dès 2006 la sonnette d’alarme sur la dette publique, est que la BNP, c’est sa vie . Partout, tout le temps, il donne la priorité, sans ego, aux intérêts de sa banque. Avec des avantages et des limites. Si la France a reconnu tard que les banques devraient effacer les dettes grecques, on le doit au lobbying bancaire.

Et la crise n’a pas changé ses convictions très libérales ?

Là-dessus, attention à la caricature ! Michel Pébereau défend l’économie de marché, mais il assure qu’il faut en finir - je le cite – « avec l’illusion du tout marché » née aux Etats-Unis et qui a déferlé dans la finance. Il s’en prend à la « foi excessive dans l’efficience des marchés » et aux excès d’une finance devenue une fin en soi. Excès, y compris sur les rémunérations. On se dira : ce sont des mots, mais Berlin et Paris n’y peuvent rien s’ils n’ont pas été suivis sur les bonus par Londres et New York. A noter que le ministre des Finances qu’il a le plus admiré est le socialiste Pierre Bérégovoy et que son ennemi juré est la presse anglo-saxonne et sa guerre contre l’euro.

Mais les critiques voient en lui le symbole de l’establishment …

Il siège aux conseils de Axa, Total, Saint-Gobain et EADS ; Nicolas Sarkozy le consulte, l’associe à des décisions et on murmure que Christine Lagarde, à Bercy, ne partait pas à des réunions internationales sans des fiches de la BNP ; Pour toutes ces raisons, la gauche, elle, le cible souvent. Mais que ces critiques se rassurent, Michel Pébereau n’a pas de successeur dans ce rôle. En attendant, c’est un grand banquier.

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