L'édito éco de Dominique Seux des « Echos ». C'est aujourd'hui la journée internationale de l'alimentation. La crise financière a-t-elle fait oublier la crise alimentaire ? La crise financière dont on parle en continu fait disparaitre une autre crise qui a occupé beaucoup les esprits avant l'été : la flambée des prix des produits alimentaires, qui a un effet dévastateur dans les pays pauvres. Cette journée internationale sous l'égide de la FAO, organisme spécialisé de l'ONU, est l'occasion d'en reparler. La crise économique que traversent les pays développés a eu, c'est vrai, un effet indirect qu'on pourrait dire positif : la baisse des prix des produits agricoles, le blé ou le riz par exemple. Moins de demande dans le monde, moins d'argent pour spéculer, une récolte 2008 de céréales exceptionnelle, tous ces éléments ont convergé pour inverser la courbe des prix. Les prix alimentaires avaient augmenté dans le monde de 12% en 2006, encore de 24% supplémentaires en 2007 et jusqu'à 50% de plus sur les premiers mois de cette année, provoquant des émeutes de la faim et ruinant des Etats obligés de subventionner les produits de première nécessité. Depuis l'été, c'est l'effondrement, les prix ont fondu. Tant mieux, direz-vous ? Pas exactement. D'abord parce qu'ils restent élevés. Ensuite parce que cette volatilité des prix a des effets dévastateurs. Elle désorganise les productions et la distribution. Enfin parce que les prix mondiaux ne sont pas les prix physiques, locaux, régionaux, qui sont pratiqués sur des marchés restreints. Voilà le premier élément. Autre conséquence de la crise financière : le risque d'une fermeture du robinet de l'aide au développement. C'est plus qu'un risque, c'est déjà une réalité. La récession n'incite guère les pays riches à se montrer généreux. En 2008, l'aide alimentaire est déjà tombée à son plus bas niveau depuis 40 ans. Même en Europe, l'idée émise par le président de la Commission européenne de diriger le milliard d'euros d'excédents de la politique agricole commune vers les pays menacés par la famine n'a pas été retenue pour l'instant. Et c'est là, évidemment, que la comparaison donne le vertige avec l'argent débloqué pour la crise financière. Il suffirait, selon l'association Action contre la faim, de 3 milliards d'euros par an pour prendre en charge les 19 millions d'enfants les plus gravement touchés par la malnutrition. Il suffirait de 30 milliards de dollars pour aider un milliard de personnes mal-nourries. Naturellement, ces parallèles sont simplistes, presque démagogiques, c'est plus compliqué que cela. L'accès à l'alimentation n'est pas d'abord, n'est pas du tout une question de subventions. Sauver les banques est essentiel, et l'argent mis sur la table pour le système n'est pas du cash mais des garanties pour l'essentiel. Des centaines de millions de personnes sont sorties de la pauvreté depuis 15 ans grâce à la mondialisation et aux échanges qui n'ont été possibles que grâce à la finance. Il n'empêche, le parallèle est quand même troublant. Une autre crise risque de faire les frais de la crise financière, c'est la crise écologique. Depuis plusieurs jours, l'Allemagne et l'Italie demandent des assouplissements dans les objectifs du " Paquet Climat " européen qui vise, d'ici à 2020, à réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre. Au sommet européen de Bruxelles, hier soir, la Pologne a carrément menacé de s'opposer au projet. Au nom de la crise financière bien sûr. On le voit, des crises peuvent en cacher d'autres. Mais elles ne les effacent pas.

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