Les députés commencent aujourd’hui le débat budgétaire dans un climat économique que le patronat qualifie de « gravissime ». C’est vrai ?

Gravissime, dans le dictionnaire, cela veut dire extrêmement grave : le mot est lourd. Je crois que le Medef a raison sur l’état d’esprit, le ressenti : la déprime est profonde, les chefs d’entreprise n’ont pas le moral et ils disent « on ne nous aime pas » ; en même temps, il est trop tôt pour dire si la réalité est aussi noire que ce ressenti ; le gouvernement mais aussi l’Insee, eux, ne le pensent pas.

Bon alors, quel est l’argument du Medef ?

Laurence Parisot s’appuie sur ce que lui disent les branches professionnelles, sur le terrain. C’est le vrai moteur de l’économie. Ce qui remonte est que le climat est sombre, que dans certains secteurs, l’activité n’aurait pas été plus élevée en septembre qu’en août – août, ce sont les vacances. Bref, qu’elle serait arrêtée.

Et si on va plus dans le détail, la tuyauterie de l’économie ?

Pas besoin d’un dessin pour le secteur automobile : en cinq ans, le marché européen a perdu 4 millions de voitures, la production de dix usines. Dans la chimie, ça ralentit ; dans la métallurgie, ça baisse ; dans le bâtiment, ça se tend ; l’industrie des tubes d’acier envisage l’arrêt de ses usines tout le mois de décembre ; la messagerie et l’hôtellerie-restauration souffrent de la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Voilà ce qui remonte ! Ce n’est pas gai.

Et que disent le gouvernement et l’Insee ?

Le pari du gouvernement est que la croissance repartira à partir de l’été prochain ; il a inscrit + 0,8% dans son budget. Il faudrait un miracle. L’Insee voit un plat, mais pas de chute brutale comme en 2008-2009. Les derniers indicateurs sur la consommation, l’industrie ne montrent d’ailleurs pas d’effondrement cet été. Donc pas de catastrophe.

On a des arguments des deux côtés : qui a raison, selon vous ?

Les deux thèses ne sont, hélas, pas incompatibles. En juin 2008, trois mois avant Lehman Brothers, Laurence Parisot avait lancé un avis de tempête alors que l’Insee évoquait encore sur une simple baisse de régime. Par définition, les acteurs savent ce qui se passe avant les statisticiens. Mais les impressions, comme les sentiments, changent vite. La vérité est que la corde est tendue au bout de cinq ans de morosité. Le taux de marge, la rentabilité, sont au plus bas depuis vingt-cinq ans, et donc l’investissement, l’innovation sont moindres.

Mais cela ne date pas de l’élection de François Hollande !

C’était vrai sous Sarkozy ; évidemment aussi, le Medef veut peser sur le Budget. Le problème est que la stratégie de ce gouvernement est illisible en dehors de la baisse – nécessaire – du déficit. Où va-t-il, que veut-il ? Un jour, on parle de choc de compétitivité, hier Jean-Marc Ayrault a ramené cela à un choc de confiance. L’Elysée et Matignon répètent ces jours-ci que Schroeder n’a lancé ses grandes réformes que dans son second mandat. Donc, elles attendront ? Ce qui est nécessaire, c’est un cap clair, une volonté et une énergie - pas seulement pour augmenter les impôts ou lancer des débats sociétaux.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.