Vous commentez ce matin les propositions présentées hier par Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie. Sont-elles bonnes ?

Elles sont intéressantes sans être renversantes. Intéressantes parce le ministre s’attaque aux difficultés de notre économie par la face nord. Les gouvernements sont plus à l’aise dans la face sud, les politiques macroéconomiques, la relance, la rigueur, la fiscalité. La face nord, c’est plus compliqué, c’est la micro-économie, celle des entreprises mais aussi de blocages en tous genres auxquels il est dangereux de s’attaquer. Les trois maladies de la France, dit Macron, ce sont la défiance, la complexité et le corporatisme. On est forcément d’accord ! Mais en même temps, tout cela -et c’est normal- n’est pas renversant parce qu’il ne faut pas en attendre un choc de croissance en 2015 ! Cela mettra des années avant de produire ses effets. Au total, l’avantage d’Emmanuel Macron est qu’il est cash. La zone euro est en difficulté a-t-il dit, la France est encore plus en difficulté, avec un demi-point de croissance en moins que les autres. Aveu inédit dans la bouche d’un ministre.

Concrètement, il a annoncé une dizaine de chantiers…

Je me souviens d’une formule employée par l’actuel ministre il y a six mois devant un auditoire restreint. Il confessait que la politique économique menée jusque-là avait plus ou moins échoué, et se demandait à voix haute quels étaient les points d’acupuncture qui feraient bouger la France. Ces points, les a-t-il trouvés ? Les pistes qu’il ouvre répondent en tous cas à des objectifs précis. Baisser le prix des transports : c’est la réforme des autocars et la pression sur les autoroutes ; aider le tourisme : c’est l’ouverture des magasins facilitée le dimanche ; aérer quelques métiers : la réforme des notaires et des pharmacies, très prudente ; sécuriser les entreprises : c’est faire évoluer la justice prud’homale.

Tout cela va-t-il aboutir ?

C’est à l’œuvre que l’on jugera les Macron-omics. Ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, peut caler –et il a calé sur les taxis- et nous ne connaissons que les grandes lignes de son projet. Mais les intentions sont bonnes. Evidemment, on se souvient qu’Emmanuel Macron a été le rapporteur de la fameuse commission Attali de 2008 et que celle-ci avait proposé 316 réformes. On en est à des années lumières. Le pari politique est que les points d’acupuncture choisis sont suffisamment précis et techniques pour passer sous le radar de la contestation politique.

Donc, tout cela est bien pour dégripper l’économie – même si, dites-vous, il ne faut pas être dupe.

Oui. Un : Le projet a été dévoilé hier pour compenser aux yeux de l’Europe la mauvaise image du budget 2015. Deux : Emmanuel Macron a choisi la face nord et de lutter contre les corporatismes dit-il, mais dans le seul secteur privé. Rien n’est prévu contre les corporatismes et les blocages de la sphère et de la fonction publiques. Comme c’est curieux !

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.