L'Edito éco de Dominique Seux, du journal "Les Echos". La crise financière aux Etats-Unis a provoqué hier un vent de panique sur les marchés boursiers. Il s'est passé en 24 heures tellement de choses dans la finance mondiale que la série télévisée « 24 heures chrono » apparaît par comparaison terne et sans rebondissement, ce qui n'est pas peu dire ! Lehman Brothers, banque d'affaires vieille de 150 ans, a fait faillite. Merill Lynch, née en 1914, a été rachetée par Bank of America, première banque américaine. Le premier assureur mondial, AIG, est en difficulté. Et les marchés boursiers accusent le coup. Alors, il y a beaucoup de choses à dire. D'abord, que l'on a pas connu un tel bouleversement depuis longtemps, un siècle dit Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale, qui s'y connaît : il a dirigé les opérations pendant presque vingt ans. Ensuite on peut dire aussi que tous ceux, banquiers, économistes, gouvernements, et journalistes, qui juraient que la crise financière était finie, avaient tort. Dorénavant, un peu d'humilité dans le pronostic est nécessaire. Où en est-on aujourd'hui ? Prudence sur les pronostics mais ce n'est sans doute pas fini ! On en revient toujours à l'irresponsabilité des banquiers américains en matière de crédit. Le problème, c'est que c'est un cercle vicieux : Tant que les marchés immobiliers et boursiers resteront déprimés, les bilans des banques resteront mauvais. Alors on peut se dire qu'il s'agit d'une purge et que tout va revenir à la normale. Sauf qu'il y a une particularité dans la finance, c'est le risque de dominos. Les banques se tiennent les unes les autres, les produits pourris ont contaminé tout le monde, y compris un peu les françaises d'ailleurs. Le risque systémique est réel. Il l'est d'autant plus que la contagion s'étend. Le premier assureur mondial, AIG, qui a joué avec le feu aussi, en est à supplier l'Etat de lui prêter des dizaines de milliards de dollars. Les autorités publiques américaines ont-elles les choses en main ? Y a-t-il un pilote dans l'avion ? J'ai envie de dire qu'il y a, paradoxalement, peut-être plus un pilote dans l'avion dans la crise actuelle que dans toutes les années où la bulle s'est constituée sans que personne n'intervienne. Alors, la nouveauté, c'est que le Trésor américain a fait un choix, celui de ne pas nationaliser ou de faire supporter par le contribuable la banque Lehman Brothers. Ce choix est un peu moral : les actionnaires et les dirigeants imprudents doivent payer leurs erreurs. Il est aussi économique : l'Etat n'a pas les moyens de payer éternellement. Il faut espérer que ce pari est le bon. Mais personne n'en sait rien. C'est un peu l'inconnu, il faut avouer. Premières conclusions ? C'est la chute de l'empire bancaire américain, ou du modèle qui séparait les banques d'investissement, qui faisaient ce qu'elles voulaient, et les banques de dépôt, des clients comme vous et moi. Le secteur financier va perdre de sa superbe pour longtemps, un peu comme au Japon dans les années 1990. Deuxième point, le plus important, ne concerne pas le secteur financier, ce sont les conséquences de tout ça sur la croissance et l'emploi. C'est difficile à dire. D'habitude, les crises partent des entreprises et touchent les banques. Là, c'est l'inverse. C'est une crise du crédit. On peut juste remarquer que depuis un an, la croissance économique mondiale, y compris américaine et européenne, résiste. Elle est un peu négative, autour de zéro ou en petite hausse. Mais il n'y a pas de chute. Rien à voir avec 1929. DSK, très négatif au printemps, l'est un peu moins.

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