**L’accès des Etats-Unis aux opérations bancaires des particuliers et des entreprises en Europe inquiète la CNIL, la commission nationale de l’informatique et des libertés.Ce matin, le sujet qui me semble important est moins à la Une de l’actualité économique que le quasi-échec de la baisse de la TVA dans la restauration confirmé hier par l’Insee avec l’indice des prix d’août ; ou que la déclaration étonnante de Nicolas Sarkozy, pas très favorable à ce que Free soit le quatrième opérateur de téléphonie mobile. Il s’agit d’un autre sujet a priori plus pointu, en fait très politique : l’accès des administrations américaines aux informations sur les transactions bancaires, financières faites en Europe. Par exemple les virements que vous et moi faisons, mais aussi ceux des entreprises. C’est une histoire qui commence après les attentats du 11 septembre, et dont les derniers rebondissements conduisent aujourd’hui la CNIL à sonner l’alerte. Une histoire qui commence donc en 2001…Au nom de la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis demandent alors à pouvoir jeter un œil sur les transactions entre banques qui passent par un énorme réseau mondial peu connu, Swift. C’est une plate-forme informatique commune à 8.500 institutions financières qui voit passer 15 millions de messages par jour, avec les noms de ceux qui font les virements, de ceux qui les reçoivent et le montant. Elle est installée aux Pays-Bas, mais a une antenne à Washington. Le problème est qu’en 2006, la presse américaine révèle que les informations de Swift sont sans doute utilisées aussi à des fins d’espionnage industriel par les services américains. Quelle entreprise ne rêve pas de connaître les secrets financiers de ses concurrents ? Est-ce que Boeing n’a pas envie d’en savoir plus sur Airbus ? Du coup, en 2007, l’Union européenne se réveille et obtient des protections, notamment la localisation sur un terrain neutre, en Suisse, des transactions entre Européens. Et ce compromis est remis en cause ?C’est ce que craint la Commission française Informatique et Libertés, elle n’est pas la seule. Les serveurs suisses démarrent dans quelques jours. Mais en fait les Etats-Unis vont continuer à avoir accès aux données qui concernent les Européens parce que les gouvernements de l’Union et la Commission n’osent pas leur dire non…. à moins qu’ils essaient de négocier discrètement l’accès, pour eux, aux informations sur des citoyens américains. Le problème, dans tout ça, est que personne ne sait rien sur les informations qui circulent et ce qu’elles deviennent. Pour calmer le jeu, un médiateur, l’ancien juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, a fait un rapport disant que tout va bien. Mais ce rapport personne ne l’a vu, il a été classé défense par les Américains ! Et la CNIL a raison de s’inquiéter ?Alex Türk, son président, a raison de soulever le sujet. Empêcher des attentats n’est pas une raison pour renoncer à toute protection des données personnelles. Dans cette histoire, technique en apparence, politique en réalité, des pouvoirs élus ou des corps de contrôle doivent être associés aux décisions.**

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