Il y a cinq ans, le 15 septembre 2008, la banque américaine Lehman Brothers faisait faillite - ouvrant la période économique la plus noire pour l'Occident depuis 1929. Peut-on dire, cinq ans après, que la page est tournée ? Ecoutez, non seulement on ne peut pas le dire, mais on ne doit pas le dire. Tourner la page, cela voudrait dire que cet événement peut être oublié, que tout est redevenu comme avant. Ce serait indécent et il suffit de regarder le nombre de chômeurs dans la plupart des pays développés pour s'en convaincre. Des dizaines de millions de personnes sont sans travail, aux Etats-Unis et en Europe. Dans beaucoup de pays - par exemple en France mais encore plus en Grèce, en Italie -, le niveau d'activité économique est toujours en dessous de ce qu'il était il y a cinq ans. Donc, non, la page n'est pas tournée. Au-delà, si on essaie de réfléchir, ces cinq dernières années ont apporté une réponse et une question.La réponse, c'est que 5 ans après 2008, nous ne sommes pas en ... 1934… ? Exactement. Souvenez-vous : on a beaucoup fait le parallèle, au début de cette période en 2008, avec la crise de 1929. La vérité est qu'on a vécu, que l'on vit une crise, pas un cataclysme de la même importance. Les sociétés, les démocraties, ont tenu, grâce aux autorités monétaires, aux filets sociaux et à l'expérience, justement, du passé. Pour dire les choses brutalement : Hitler n'a pas pris le pouvoir, ce qui avait été le cas en 1933. Les partis extrêmes ont plus de succès, mais ils n'ont pas la main. De la même manière, on peut dire que les pays émergents n'ont pas été atteints par la maladie occidentale. Enfin, l'Occident lui-même n'a pas dit son dernier mot. La croissance revient aux Etats-Unis, avec le retour de l'industrie et les relocalisations d'activités, et l'Espagne invente un nouveau modèle économique.Mais vous avez annoncé aussi une question posée par ces cinq années ? La voici. Est-ce qu'une nouvelle crise financière pourrait arriver ? La réponse, hélas, est oui - et on pourrait même se dire que la seule chose que l'on ignore est la date à laquelle cela va arriver. La finance n'a été que très partiellement réparée, il existe encore infiniment trop d'activités financières qui sont sans rapport avec l'activité économique. Tout aussi fondamentalement, la question qui se pose est celle-ci : la plupart des pays se sont endettés considérablement pendant ces cinq ans pour éviter le collapsus généralisé, la crise cardiaque. Mais quand les dettes atteignent 100% du PIB, peuvent-elles être un jour remboursées ? Et comment si il n'y a plus ni croissance ni inflation ? Faudra-t-il les effacer comme pour la Grèce ? Mais dans ce cas là, il n'y a plus de prêteur ! Voilà une des questions cachées des prochaines années.Au final, vous êtes pessimiste, non ? Pas du tout, au contraire, optimiste. Parce que, d'abord, on a beaucoup appris ; ensuite, parce que depuis un siècle, un rebond a toujours suivi les périodes difficiles; et qu'enfin, certains pays ont trouvé le chemin pour s'en sortir. Et donc, c’est possible.

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