La grève à Air France s’amplifie aujourd’hui, avec 60% des vols annulés. Une question simple : le mouvement des pilotes est-il légitime ?

Non, cette grève a mauvaise presse, et c’est assez normal. Les pilotes donnent l’impression de défendre un statut privilégié qui a été mis en place il y a longtemps quand le transport aérien ne fonctionnait pas avec les mêmes règles. Et que, surtout, il n’y avait pas une pression des clients, les passagers, pour avoir des prix bas – c’est le succès des low costs. N’oublions pas le point de départ de la mutation obligée des compagnies aériennes : le lancement des filiales low cost des grandes compagnies – Transavia pour Air France - est la réponse à EsasyJet et RyanAir et la réponse à l’attente des clients. Les pilotes, un peu comme les cheminots dans une autre branche du transport, défendent des conditions de travail particulièrement avantageuses. Ils volent environ 25% de temps en moins que les pilotes de Lufthansa ou de British Airways et 35% de moins que les pilotes des compagnies low cost. Leurs revenus sont en moyenne de 15.000 euros bruts pour un commandant de bord et peuvent aller jusqu’à 20.000 euros. Pourquoi ose-t-on la comparaison avec les cheminots ? Parce que ce sont les deux seules professions qui peuvent paralyser leur secteur d’activité une semaine entière. Des auditeurs nous ont d’ailleurs adressé des mails ou des tweets furibards hier en s’indignant contre le parti pris supposé des médias qui seraient, selon eux, prompts à dénoncer les grèves des cheminots et beaucoup moins allants à dénoncer le mouvement des pilotes.

Ce qui est intéressant est que ce conflit remonte à loin.

Oui, c’est ce que l’on découvre quand on creuse l’histoire récente d’Air France. En caricaturant un peu, on peut dire que la compagnie a envisagé de se lancer dans le low cost depuis longtemps, et qu’à chaque fois elle a calé devant les pilotes. Elle aurait presque pu inventer RyanAir ou EasyJet ! En 1996, le patron d’alors d’Air France, Christian Blanc, envisage avec les ex-Air Inter d’être pionner sur ce marché du low cost qui balbutie à peine. Il y avait une fenêtre de tir incroyable, mais déjà une grève des pilotes interdit l’aventure. Au tournant des années 2000, rebelote. Air France arrête ses filiales charters Aéromaritime et Air charter en échange de la paix sociale. En 2004, on recommence. Avec la création de Transavia, les syndicats de pilotes obtiennent des garde-fous, comme la limitation de la flotte à 14 avions. C’est pour faire sauter ces verrous et alors que la situation s’est beaucoup dégradée avec la crise de 2008, qu’Alexandre de Jugniac a décidé cette fois-ci de tenir. En attendant la part du pavillon français dans les vols touchant la France est passée de 60 à 45% depuis 2000.

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