Vous évoquez la nomination, probable mais contestée, de François Villeroy de Galhau à la Banque de France.

Cette contestation est respectable, mais on peut aussi la contester et la retourner. Résumons : Villeroy de Galhau a été choisi par François Hollande pour devenir gouverneur de la Banque de France, sous réserve de l’aval du Parlement. Polytechnicien et énarque, il a une particularité. Il a passé 20 ans dans la sphère publique (au Trésor, à Bruxelles, puis il a travaillé avec Pierre Bérégovoy, puis directeur de cabinet de DSK à Bercy, directeur général des impôts etc.) : ça c’est banal ; mais il est resté ensuite douze ans chez BNP Paribas, comme directeur général délégué. Un poste quitté il y a six mois et où il a laissé des traces : par choix personnel, il avait demandé que son salaire soit plus bas que ceux de tous ses homologues - ce qui avait soulevé des vagues. La campagne anti-Villeroy, argumentée hier par une centaine d’économistes dans Le Monde, est double : ce n’est pas un vrai économiste diplômé ; et il y a un conflit d’intérêts entre un mandat de banquier central et un passage par une grande banque européenne. Donc, il ne sera pas indépendant. Voilà le procès.

Et c’est un faux–procès selon vous ?

Ces deux arguments sont réversibles. Oui, un certain nombre de banquiers centraux sont économistes de formation. Mais connaître les enjeux de politique économique, avoir l’expérience au-delà des seules questions monétaires peut être vue comme un atout. Avant, on reprochait aux banquiers centraux d’être hors sol, il faudrait savoir ! Mais venons à l’essentiel : le passage par le privé. Oh quelle horreur ! Mais en fait n’est-ce pas mieux d’avoir quelqu’un qui connaît les banques de l’intérieur, surtout s'il est lui-même assez critique sur le rôle de la finance ? Le patron de la BCE, Draghi, avait été conspué parce qu’il venait de Goldman Sachs ; maintenant, on crie au génie. Il faudrait savoir. Plus fondamentalement, cette polémique, c'est faire beaucoup d'honneur à ce poste de gouverneur, puisque les grandes banques sont contrôlées directement par la BCE à Francfort. Là où on verra si c'est un vrai manager, c'est sur la réforme d'une Banque de France qui a trois fois plus de salariés que la Banque d'Angleterre qui, elle, gère une monnaie.

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