Les prix de l'électricité ont augmenté de 2,3% le 15 août. Première question: est-ce que c'est beaucoup? En tout cas, ça fait beaucoup plus que la moyenne, puisque les prix à la consommation ont baissé de 0,7% en un an. Et puis ça fait beaucoup dans une économie en piètre santé, au moment où nombre de Français voient leur feuille de salaire stagner et craignent même de la voir disparaître. Même si EDF s'échine à expliquer que la hausse sera bien plus sensible pour la plupart des entreprises, et que pour les particuliers la facture va monter d'à peine un euro par mois, En même temps, l'an dernier, c'était l'inverse: les tarifs d'EDF avaient augmenté beaucoup moins que les prix à la consommation. Et quand on prend un peu de recul, en regardant sur 25 ans, on s'aperçoit que l'électricité a augmenté bien moins vite que l'inflation. Les Français paient d'ailleurs le courant 27% de moins que la moyenne des Européens. C'est normal, puisque nous avons le nucléaire! C'est vrai que le kilowatt nucléaire n'est pas soumis à la folie des cours du pétrole qui va de plus en plus mériter son surnom d'or noir. Mais si EDF a aujourd'hui du nucléaire, c'est parce qu'il a investi massivement dans cette énergie il y a trente ans. La dernière centrale a ouvert il y a plus de dix ans. EDF n'a pratiquement plus rien dépensé récemment en gros équipement, à part la centrale en construction à Flamanville. La France a été obligée d'acheter de l'électricité à ses voisins en période de pointe. Il faut donc relancer les investissements. Et ça coûte très cher. Le mois dernier, le patron d'EDF, Pierre Gadonneix, avait d'ailleurs créé un tollé en demandant 20% d'augmentation des tarifs sur trois ans. C'était une provocation bien dans la fibre du personnage, mais c'était aussi une façon de dire: attention, il va nous falloir beaucoup, beaucoup d'argent. Mais EDF vient d'emprunter plus de 3 milliards aux Français... Dans l'énergie, trois milliards c'est l'unité de compte. C'est par exemple le prix d'une seule centrale nucléaire, à condition qu'il n'y ait pas de mauvaises surprises sur le chantier. Et puis il va falloir aussi mettre beaucoup d'argent dans le réseau qui a vieilli, par exemple dans les lignes à haute tension. Pour la seule année 2009, les investissements dépasseront 7 milliards, trois fois plus qu'il y a quelques années. Cet argent ne risque-t-il pas de financer des aventures à l'international? Non, là, c'est les investissements en France. Mais vous avez raison, EDF est aussi très actif à l'international, où il a pris des gamelles aussi spectaculaires que coûteuses. C'est ici un problème classique de stratégie. La ligne suivie par l'entreprise, et aussi le nom du capitaine qui la met en oeuvre, relèvent du conseil d'administration et des actionnaires – rappelons au passage que le premier actionnaire d'EDF est l'Etat avec 84% du capital. La question de la stratégie est en débat, notamment à l'Elysée où l'un des conseillers du président de la République aimerait bien comme par hasard devenir patron d'EDF. Mais qu'il y ait eu ou non des erreurs à l'international, il faut investir aujourd'hui pour avoir de l'énergie demain. C'est vrai dans l'électricité comme dans le pétrole ou le solaire.

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