Les incendies en Russie ont fait bondir le prix du blé en ce mois d’août. Allons-nous payer notre pain plus cher ? Normalement non, ou à peine. Quand nous achetons une baguette, nous payons le travail du boulanger beaucoup plus que la farine. Le blé fait moins de 5% du prix du pain. Même s’il a augmenté de moitié sur les marchés internationaux en deux mois, ça fait à peine deux ou trois centimes par baguette. Je disais « normalement », parce que le boulanger peut toujours avoir la tentation d’en profiter pour donner un petit coup de pouce. Ca s’est déjà vu, mais il semble que ce n'est pas le cas cette fois-ci. En revanche, nous allons bel et bien retrouver la hausse sur le prix des pâtes. Les pâtes, c’est un produit moins élaboré que le pain. On pourrait donc avoir une hausse de 10%. Mais le prix qui pourrait le plus monter, ce n’est ni celui du pain ni celui des pâtes mais celui du... poulet. Les céréales constituent en effet la base de son alimentation. Certains experts parlent d’une hausse qui pourrait atteindre 15%. Et nous aurons aussi sans doute droit à des hausses sur d’autres viandes. Mais pourquoi ce qui se passe en Russie a-t-il autant d’effet sur les prix du blé ? Il y a au moins trois raisons. D’abord, la Russie est redevenue, depuis la fin du communisme, un très gros producteur, le numéro deux ou trois mondial selon les années. Mais on en beaucoup parlé: il y a eu une terrible canicule et les incendies ont brûlé des milliers d’hectares. La production de céréales va baisser d’un tiers selon le gouvernement. Certains affirment même que la chute pourrait atteindre 50%. Ensuite, face à cette situation exceptionnelle, la Russie a décidé de ne plus exporter. Son embargo a commencé hier. Et d’autres pays pourraient en faire de même, comme l’Ukraine. Or si plusieurs producteurs ferment leurs frontières, le risque de pénurie est multiplié. Les pays consommateurs - Algérie, Jordanie, Egypte - cherchent fiévreusement à acheter, comme on l’a vu ces derniers jours. Enfin, c’est vrai aussi qu’il y a beaucoup d’investisseurs qui cherchent à placer leur argent en ce moment. Ils se méfient des actions, ils craignent les obligations. Ils se ruent donc sur tout ce qui a l’air d’augmenter, et c’est le cas du blé. Il y a donc bien de la spéculation dans la hausse des cours. Une spéculation qui remonte d’ailleurs toute la filière : hier, un producteur canadien de fertilisants a lancé une offre d’achat sur un négociant australien. C’est une première dans ce secteur. Risquons-nous de manquer de blé ? Alors là, je peux être catégorique : non ! La situation est très différente de ce qui s’est passé en 2007, quand les prix avaient explosé. Car les silos sont remplis à bloc. Chez les principaux exportateurs, les stocks de céréales atteignent aujourd’hui 175 millions de tonnes. C’est pratiquement six fois plus qu’il y a deux ans. Il y a le temps de voir venir. Et si la récolte a été catastrophique en Russie, et plutôt moyen en Europe, c'est mieux aux Etats-Unis. En plus, nous avons de la chance de vivre dans un pays qui est à la fois producteur de blé et assez riche. En cas de panique sur les marchés, toujours possible, la situation pourrait devenir beaucoup plus compliqué pour les pays pauvres qui, eux, n’ont pas eu le temps de constituer des réserves.

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