Retour sur les décisions annoncées hier par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Que faut-il en penser ?

Leur conférence ressemblait à une Lune de miel. On est d’accord sur tout. Et pour changer la vie, on avance plein de propositions qui étaient déjà dans l’air mais on les précise, on les affûte. A la pétanque, on dirait qu’on pousse le bouchon un peu plus loin. La preuve par quatre mesures.

Primo , Paris et Berlin vont proposer un gouvernement de la zone euro. Il y avait déjà l’Eurogroupe au niveau des ministres des finances et puis des réunions exceptionnelles des chefs d’Etat de l'euro. Ces réunions auraient désormais systématiquement lieu deux fois par an.

Deuxio, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy vont mettre au débat la taxe sur les transactions financières. On savait qu’ils y étaient tous les deux favorables, mais ils font avancer ensemble l’idée.

Troisième piste : la création d’un impôt franco-allemand sur les sociétés. La Cour des comptes française a travaillé avec un comité allemand sur la question de l’assiette de cet impôt, une directive européenne sur la question est enlisée. Là aussi, on avance.

Enfin, quatrième idée : la règle d’or budgétaire qui force les pays à rééquilibrer leurs finances publiques. Angela Merkel en a fait adopter une chez elle, Nicolas Sarkozy veut en faire une chez nous même si ce n’est pas gagné. Nos deux tourtereaux voudraient l’imposer aux quinze autres pays de l'euro d'ici à la mi-2012.

Reste à savoir si le tout constitue un repackaging médiatique ou une vraie relance franco-allemande. C’est le temps qui le dira.

Dans une lune de miel, on peut aussi se mettre d’accord sur qu’on ne veut pas faire…

Je vois que monsieur est un homme d’expérience.

Eh bien oui. Angela et Nicolas ne veulent pas d’une croissance molle mais il ne suffit pas de le dire pour que ça change.

Et puis ils refusent les euro-obligations, ou eurobonds comme on dit en bon franglais. Pas question de fusionner toutes les dettes des pays partageant l’euro. Cela serait dangereux, a soutenu Nicolas Sarkozy. Selon lui, il faut d’abord rapprocher les économies puis ensuite, si ça marche, fusionner les dettes.

Mais j’ai tendance à croire que ça ne va aller beaucoup plus vite.

Pourquoi faudrait-il ces eurobonds ?

Pour une raison simple : la construction actuelle est bancale.

En temps normal, ça ne pose pas de gros problème d’avoir une politique monétaire et dix-sept politiques budgétaires. Mais en temps de crise, c’est dramatique. Quand un pays va très mal, avec un déficit et une dette publics qui flambent, il ne peut plus actionner le levier monétaire employé par exemple par la Suède en crise au début des années 1990.

C'est comme si vous conduisiez une voiture qui dérape sans pouvoir toucher au volant.

Voilà ce qui arrive à la Grèce. Soit elle s’enferme dans une spirale d’économies budgétaires sans fin qui vont la couler, comme elle a commencé à le faire. Soit les autres pays alimentent son budget et assument ses engagements financiers.

Qui dit monnaie commune dit forcément tôt ou tard budget commun et dette commune.

Mais les Allemands préfèrent la responsabilité des pays, qui permettrait d’avoir une seule monnaie et plusieurs politiques budgétaires.

Ils ont bien sûr raison, sauf qu’il n’y a au bout du compte aucun moyen de forcer un pays à équilibrer ses comptes quand ça va mal.

On peut prévoir toutes les règles d’or du monde, quand il y a un choc financier, ou social, ou climatique, ou politique, rien n’empêche un gouffre d’apparaître brutalement dans le budget d’un pays, pas même les gros yeux de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel.

La seule solution, c’est un échelon fédéral qui prélève des impôts dans tous les pays, et qui redistribue notamment quand il y a un problème, et qui emprunte via des euro-obligations. Soit on va dans cette direction, soit l’euro éclatera et l’Europe avec.

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