Le fabricant français de verres pour lunettes Essilor rachète le britannique MyOptique Group.

Pourquoi voulez-vous nous parler de cette banale opération industrielle ?

Je pourrais avoir envie de parler d’Essilor, bel exemple de champion français méconnu. Leader mondial avec 40% du marché planétaire des verres ophtalmiques, un demi-milliard de verres fabriqués chaque année, 60.000 salariés qui sont les premiers actionnaires du groupe, plus de 10% de croissance par an depuis quarante ans : si la France avait mille entreprises comme Essilor, son économie irait beaucoup, beaucoup mieux. Mais le rachat de MyOptique est lui aussi passionnant : il s’agit en effet d’un leader européen de la vente en ligne de produits optiques.

C’est donc un grand industriel qui rachète une pépite du numérique…

Exactement. Et ça, c’est une vraie tendance. Dans l’intérim, le numéro deux mondial Ranstad, un néerlandais, a annoncé la semaine dernière qu’il rachetait son concurrent numérique Monster. Dans le commerce, Carrefour a racheté Rueducommerce. En quelques mois, le climat a complètement changé. Il y a cinq ans, les grandes entreprises parfois centenaires regardaient de haut les jeunes pousses du numérique. Et puis peu à peu les nouveaux venus leur ont taillé des croupières, pris des marchés, mangé leurs marges. L’an dernier, on sentait même quelque chose qui ressemblait à de la panique dans certains états-majors. Aujourd’hui, c’est la revanche des éléphants qui engloutissent leurs jeunes concurrents.

La vague numérique n’aurait-elle été qu’une mode passagère ?

Absolument pas. Le numérique est en train de changer les façons de produire et de vendre, partout ou presque. Vous pourrez lire dans « Les Echos » d’aujourd’hui une page qui explique comment le digital bouleverse les usines. Jeunes ou moins jeunes, les entreprises de demain sont celles qui sauront exploiter les foules de possibilités pour fabriquer au plus près des envies des consommateurs, pour vendre par tous les canaux possibles. Essilor l’a bien compris, après avoir été plutôt méfiant en France face à la vente de lunettes en ligne qu’avait encouragée un certain Benoît Hamon, votre invité de 8h20.

Les start-ups vont-elles toutes se faire manger ?

Non, sans doute pas celles qui courent très vite, comme AirBnB, Uber, Facebook ou en France BlablaCar. Cela suppose d’avoir un business très innovant, un entrepreneur dévoré d’ambition, des financiers qui regardent à long terme. Mais après tout, c’est la meilleure recette de succès pour une entreprise.

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